La Pamir Highway de Khorog à Mourgab, vers le plateau du Pamir

Retour au Tadjikistan, euh, non, pardon, au Kiffistan. L’heure est venue de quitter les vallées relativement verdoyantes de Khorog et de ses environs pour m’élever vers le plateau du Pamir, un désert d’altitude perché à 3600 m. Les villages visités durant ces premières semaines étaient splendides, mais allez savoir pourquoi, je me sens inexorablement attiré vers ce plateau, encore plus isolé et austère que le reste du Pamir. Cette austérité imposée par la nature et qui rend l’homme généralement plus chaleureux, plus accueillant, plus solidaire. Et puis relier Khorog à Mourgab, c’est continuer le voyage le long de la Pamir Highway. Ce nom de route qui m’a fait rêver durant des mois avant d’y être enfin.

De Khorog à Murghab

Nous sommes aujourd’hui samedi et il est donc temps de quitter Khorog. Le dimanche, à moins de sortir les gros billets pour affréter un véhicule, ou d’être très chanceux, c’est le calme plat. Les transports sont pour ainsi dire inexistants dans toute la région du Pamir.

Connaître la distance entre Khorog et Mourgab, c’est facile, 320 km. Par contre, savoir combien de temps il faut pour la parcourir, certains m’ont parlé de 6 h et d’autres de 10 h de route. Au petit matin, direction le bazar à la recherche d’un véhicule. Khorog n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler une grande ville, mais son bazar et les rues adjacentes y sont toujours animées.

Bazar de Khorog

Bazar de Khorog

Bazar de Khorog

L'ancienne génération
L’ancienne génération
La nouvelle génération
La nouvelle génération

Sur le parking, deux marchroutkas1taxi collectif et une jeep avec un panneau Mourgab attendent. L’une des marchroutkas a déjà deux passagers à bord, c’est donc le choix de raison.

Le chauffeur me demande 250 S21 € valait alors 6.3 somonis, aujourd’hui 9 somonis soit 40 €. Je lui fais comprendre amicalement et avec le sourire que 120 S me semble plus raisonnable. Une des règles est de toujours être jovial pour négocier, l’arrogance en la matière ne menant généralement à rien. Il accepte mon offre assez spontanément. Il en est très souvent ainsi dans le Pamir. Les chauffeurs testent un peu les touristes, mais dès qu’ils comprennent que vous connaissez un tant soit peu les prix, ils s’y plient sans trop sourciller.

Le plus drôle dans l’histoire, c’est que, non content d’avoir accepté mon offre de bonne grâce, le chauffeur, dans une sorte de sursaut d’excès d’honnêteté, vient me revoir 10 min après au son d’un « bah en fait, c’est 100 S le prix normal pour Mourgab ». En bonus, j’ai droit à un « on part dans maximum une demi-heure ». Dans la mesure où habituellement, les véhicules ne partent qu’une fois pleins, c’est pour le moins surprenant. Mais qui sait, inch Allah, peut-être décollerons-nous vraiment dans une demi-heure.

La saga du remplissage des machroutkas

Départ dans une demi-heure, donc, il disait le monsieur. Ce qui va suivre semblerait assurément des plus banal en Inde (c’est bien connu, in India, everything is possible), mais reste encore nappé d’un certain mystère pour moi. Nous sommes donc trois dans ma marchroutka. Alors que de nouveaux passagers pointent le bout de leur nez, la logique, enfin ma logique, voudrait qu’ils montent à bord du même véhicule, de sorte qu’une fois plein, on puisse démarrer. Mais cette belle logique n’est, semble-t-il, pas celle des Pamiris. Ces nouveaux passagers décident de monter à bord de la jeep. Quant aux suivants, une heure plus tard, ils optent pour la marchroutka alors encore vide.

Le jeu se poursuit inexorablement. Les trois véhicules se remplissant petit à petit en ordre dispersé jusqu’à ce que vers 10 h 30, il ne reste plus que 2 places de libres à bord de chacun. Quand je m’enquiers à nouveau auprès du chauffeur de l’heure de départ, la réponse n’a pas changé d’un iota, « maximum une demi-heure ». Je m’essaye en russe à suggérer un petit jeu de chaises musicales pour remplir un véhicule et partir de suite, mais non, mon jeu ne semble intéresser personne. Ça n’est pas que je sois spécialement pressé, mais je préférerais parcourir cette route réputée magnifique de jour pour en profiter pleinement. Mais tout finit par arriver. À 11 h 30, nous sommes au complet, prêts à partir. Une demi-heure qu’il disait le monsieur 😉

La M41 de Khorog à Mourgab
La M41 de Khorog à Mourgab

En route vers Mourgab

À peine quitté Khorog en direction de Mourgab, la route remonte doucement la vallée de la Gunt. Elle n’est pas mauvaise, plutôt bien goudronnée, mais comprend de nombreux mini dos-d’âne. C’est là que l’on comprend tout l’intérêt du 4×4. Un 4×4 ne voit même pas ces dos-d’âne. Il les avale incognito, alors que ma marchroutka portée par des amortisseurs un rien usés se met à onduler gentiment. Elle vous berce, mais elle vous berce tant et si bien qu’après 3 ou 4 ondulations, alors que vous étiez peut-être à l’aune de vous assoupir, la route se rappel à vous. Le châssis percute le sol au son d’un bang-bang et sans doute quelques étincelles.

En théorie, le chauffeur doit anticiper et ralentir à temps avant que la berceuse ne se mette en marche. Mais le mien est plutôt du genre jeune et fougueux. Il semble surexcité du simple fait d’avoir été autorisé à conduire. Il lui manque quelques kilomètres au compteur pour atteindre cette sagesse du conducteur expérimenté qui vous ferait passer cette tôle ondulée pour un tapis tout neuf. À vrai dire, c’est une telle catastrophe qu’après une dizaine de kilomètres de ce régime de bang-bang hiiii (le hiiii, c’est un coup de frein brutal pour tenter de mettre fin au bang-bang), le copilote, qui est le conducteur habituel, reprend les commandes.

Des camions tadjiks, puis des camions chinois
Des camions tadjiks, puis des camions chinois
Village le long de la route
Village le long de la route
Ma marchroutka
Ma marchroutka

En haut de la vallée, Jelandy

Jelandy est connue pour ses sources d’eau chaude, mais nous continuons notre route sans plouf. Jusqu’ici, la vallée est magnifique. On gagne petit à petit en altitude. À mesure que l’on s’élève, l’herbe jaunie jusqu’à ne plus être herbe. Le bleu du ciel s’assombrit quand le goudron, lui, s’amincit jusqu’à ce qu’on atteigne le col de Koi-Tezek à 4272 m. Ici, le goudron se fait tellement timide qu’il a en fait disparu. Au fil des villages traversés, les passagers nous quittent. À Jelandy, il n’en reste plus qu’un en plus de moi.

Passé ce col, on entre dans un autre monde. Finies les vallées encaissées et verdoyantes du Pamir occidental avec leurs petits villages. Place maintenant au plateau désertique du Pamir oriental. Pas la moindre âme qui vive à l’horizon et le nombre de véhicules sur la route s’est, tout comme l’herbe, sérieusement asséché. On ne croise en fait pour ainsi dire plus que des camions chinois. Drôle de métier que celui de ces camionneurs, seuls au volant de leur monstre de fer dans ces contrées isolées.

Jelandy, dernière étape avant que l'herbe ne trépasse
Jelandy, dernière étape avant que l’herbe ne trépasse

Le jour tire sa révérence peu après avoir traversé le petit village d’Alichour où le dernier passager nous quitte. Ce coucher de soleil au ciel orangé, ce désert et ce vent à tout fendre, tout ça donne l’impression d’être pour ainsi dire seul au monde dans un lieu coupé de tout et austère. Austère, mais beau de la beauté des grands espaces. Est-ce que le sentiment d’isolement renforce la puissance évocatrice de ces paysages ? Sans aucun doute oui.

Nous arrivons à Mourgab à 21 h passées. Près de 10 h de route, soit à peine plus de 30 km/h de moyenne. La Pamir Highway n’est pourtant pas si mauvaise, mais la marchroutka était vraiment fatiguée. À Mourgab, il n’y a pour ainsi dire aucun éclairage public. Le chauffeur me dépose devant l’hôtel Pamir, mais attend d’être certain que j’ai bien un lit et un toit pour la nuit avant de repartir. Il fait bien, car je n’ai pas vraiment envie d’errer dans ces rues sombres avec ce vent et sans la moindre idée d’où aller ! Non pas que ça pourrait être dangereux, ça ne l’est pas, mais je suis fatigué et j’ai froid.

J’ai hâte du lendemain pour pouvoir explorer les environs, mais à l’instant présent, un toit et un peu de chaleur sont les bienvenus. J’ai faim, mais il est trop tard pour dîner. L’altitude me donne le tournis (nous sommes tout de même à 3600), aucun doute, l’heure est venue de me blottir sous les épaisses couvertures de mon lit et d’essayer de dormir. L’altitude m’en empêchera, mais qu’importe, demain, il fera grand jour et surtout grand soleil sur Mourgab.

Conseils pratiques

Hôtels à Khorog

  • Il y a un hôtel dans un bâtiment rose près du bazar qui offre un très bon rapport qualité-prix à 50 S la chambre. Le lieu est plutôt ennuyeux, mais c’est idéal si vous ne faites que passer à Khorog.
  • La meilleure option est sans doute la Pamir Lodge. C’est un peu excentré, mais le cadre est très agréable, au calme dans un jardin. C’est également le point de ralliement de nombreux backpackers. Les chambres à 45 S sont très sommaires, mais c’était parfait pour moi.

Argent

  • Khorog est le seul endroit dans tout le Pamir où vous trouverez des distributeurs de billets. Alors n’oubliez pas de faire le plein de somonis ou de dollars. En dehors de Khorog, pour ainsi dire personne ne voudra de vos euros.

Transports de Khorog à Mourgab

  • À l’exception du dimanche, des jeeps et des marchroutkas (en fait, des minivans japonais) empruntent quotidiennement la route entre Khorog et Mourgab (ou Murghab en anglais). Elles partent du bazar de Khorog. Le mieux est de s’y rendre vers 8-9 h.
  • Compter 100 S pour une place dans une marchroutka et 150 S dans une jeep. À noter que pour les jeeps, les places de la rangée du fond, bien plus exiguës, sont normalement un peu moins chères. L’idéal pour profiter pleinement du paysage étant bien entendu d’être à l’avant, d’où l’intérêt d’arriver parmi les premiers, vers 8 h, au bazar.
  • La route, bien que goudronnée pour l’essentiel, n’étant pas toujours très bonne, une jeep aura l’avantage d’aller beaucoup plus vite, couvrant la distance en environ 6 h contre 10 h pour une marchroutka.

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1. taxi collectif
2. 1 € valait alors 6.3 somonis, aujourd’hui 9 somonis
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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