Panne en plein désert entre les oasis de Siwa et Baharia

Ces quelques semaines que je passe actuellement au Caire afin d’acquérir quelques rudiments d’arabe me remémorent une anecdote de mon premier voyage en Égypte. Après avoir visité les classiques et incontournables Louxor, Assouan et Abou Simbel, je m’étais aventuré plus à l’ouest dans le désert de Libye à l’oasis de Siwa. Coup de chance, j’avais trouvé une jeep pour rentrer ensuite au Caire non pas par la route côtière, mais à travers les sables. Ce retour avait presque des airs d’aventure. Moi qui suis plutôt fasciné par le désert, ça allait être un peu le pinacle ce voyage. Objectivement, ce le fut, sauf que les choses ne se sont pas vraiment déroulées comme prévu. La traversée fut un peu plus longue qu’escomptée, un peu…

Rejoindre l’oasis de Siwa depuis Le Caire en bus par la route côtière est une expérience des plus surprenante. Le touriste européen ne va pour ainsi dire jamais s’aventurer sur la côte Méditerranée de l’Égypte, mais les Égyptiens en ont fait leur destination de prédilection. Oubliez les concepts de côte sauvage, ça n’existe plus. Le littoral est en effet parsemé de versions locales de La Grande Motte.

Arrivé à Siwa, l’oasis tient pleinement ses promesses. La vie y est paisible, et en ce mois de mai, le soleil y est déjà en pleine forme, autrement dit, sortez les bobs ! Pour le Ricard, par contre, ça risque d’être un peu plus compliqué, à moins d’avoir été prévoyant.

Oasis de Siwa

Siwa

Siwa

Je comptais traînasser ici quelques jours, mais changement de plan dès ma seconde journée. Je rencontre Ahmed qui cherche un dernier passager pour remplir sa jeep afin de rejoindre le lendemain l’oasis de Baharia à travers le désert.

L’idée de quitter aussi rapidement Siwa est un peu frustrante, mais d’un autre côté, l’opportunité est bien trop belle pour passer à côté. Les transports à travers ce désert à prix raisonnables sont rares, car il faut généralement affréter un véhicule pour-soi, et quand on est seul, la note est salée.

Départ aux aurores. En plus du chauffeur, nous sommes cinq. Un couple de Britanniques, un Japonais et David, un jeune Français coopérant à l’ambassade de France. Nous sommes un peu serrés à l’arrière de la jeep, mais qu’importe, nous avons tous le sourire accroché au visage.

Nous roulons le plus souvent sur la piste plus ou moins goudronnée qui relie Siwa à Baharia. De temps en temps, le vent, par son opiniâtre travail de fffffff, fffffff, fffffff, a fini par déplacer un morceau de dune sur la piste. Là, le jeu se complique un peu. Le chauffeur s’attaque à l’obstacle de face ou de profile, ondule du volant pour améliorer l’adhérence, et quand il commence à sentir que ça ne va pas le faire, opère un large virage pour redescendre, reprendre de la vitesse et tenter à nouveau sa chance. Forcément, après trois ou quatre manœuvres de ce genre, le profane n’a plus aucune idée de la direction à suivre !

Malgré tant de brio, il faut se rendre à l’évidence, parfois, ça ne passe pas. Sa patine de l’arrière et les roues avant ont beau chercher vaille que vaille un peu d’adhérence, le sable, très joueur, fait des pirouettes en tous sens, jusqu’au verdict final, nous nous ensablons !

Piste Siwa-Bahariya, ensablement

Alors là, on sort les pelles et les planches (c’est bien connu, c’est le combo gagnant pour se désensabler), sauf que nous n’avons ni pelle ni planche ! Du coup, chacun y va de sa suggestion. Les idées les plus ambitieuses comme celle de vider le désert de tout ce sable sont pour le moment laissées de côté. Je ne manque pas évidemment de glisser les miennes. Faisant face à mon premier ensablement, je n’y connais strictement rien, mais qu’importe, le prétendu grand aventurier que je suis se doit d’être à même de parer au moindre aléa. Pensez donc, ma survie en dépend !

Mes comparses feignant la sourde oreille face à mes suggestions, j’opte finalement pour une technique plus classique, à savoir sortir les mains de mes poches et creuser le sable à l’avant des roues ! Et comme par magie, après plusieurs tentatives infructueuses, notre jeep finit à grands coups d’accélérateur par s’extirper.

Nous rigolons bien une fois repartis, mais mine de rien, on tergiverse tout de même assez vite, seuls plantés ainsi au beau milieu du désert. Le jeu de cache-cache avec les dunes se poursuit, un coup tu me vois, un coup tu me vois pas, un coup ça passe sans coup flétrir, un coup je monte, je descends, je tourne, je remonte, je redescends, tournicoti tournicoton, jusqu’à finir pas passer. Aucun doute, Ahmed est le plus fort. Face aux dunes, il semble invincible.

Invincible est le chauffeur, mais sa monture un peu moins. La pause suivante est à nouveau un arrêt forcé. Pas d’ensablement cette fois, mais la roue arrière droite n’est pas au meilleur de sa forme. Nous sommes à plat ! Un silex n’a rien trouvé de mieux à faire que de se planter fièrement dans le pneu qui s’est ensuite assez lâchement dégonflé. Pas bien grave tout ça, il suffit de changer la roue. Et puis ces pauses, ça ne fait pas de mal, ça repose un peu notre derrière, car c’est tout de même un chouia tape cul à l’arrière de la jeep.

Piste Siwa-Bahariya, première crevaison

La demi-heure suivante ne nous laisse pas vraiment le loisir d’avoir à nouveau pu savourer le confort fluctuant du véhicule, car une nouvelle pause s’impose. À peine sorti de la jeep, je constate non sans un certain étonnement que la roue crevée a repris sa place exactement au même endroit. Bref, nous sommes une fois de plus à plat. La roue de secours, contrairement à l’originale, était tout de même proche de la retraire, et ladite retraite, assurément, c’est maintenant.

Pas grave, quand on traverse le désert, on ne part jamais sans plusieurs roues de secours. Recric, redéboulonner, reboulonner et repartir pour, allez je suis gentil, je n’ai pas sorti le chrono, mais moins de dix minutes avant un nouvel arrêt crevaison. La seconde roue de secours avait sans doute déjà vécu plusieurs vies. Pas grave n’est plus vraiment l’adage du moment, car le stock de roues est cette fois à sec.

Nous voilà donc sous le cagnard au milieu du désert un tantinet plantés là. Les touristes que nous sommes se disent qu’il y a forcément un plan B, mais le chauffeur douche un peu nos espoirs. L’éventualité qu’un autre véhicule passe sur cette même piste à cette heure avancée est plus faible que celle d’essuyer une averse.

Et c’est ainsi que Ahmed part en tongs, une bouteille d’eau à la main, à pied vers la prochaine oasis. Son pifomètre assez optimiste parle de 20 km. Et comme marcher seul dans le désert n’est pas forcément l’idée la plus géniale qu’il soit, David, notre jeune coopérant, insiste pour l’accompagner.

Piste Siwa-Bahariya, 40km pour un mécano
Y aurait-il une oasis au bout de la piste ?

Pendant ce temps, les heures tournent et le jour descend. Une fois la nuit tombée, on se dit qu’ils seront sans doute de retour demain. On s’installe à la belle étoile dans nos duvets, tout de même un peu inquiet pour nos deux compagnons. Ca n’était peut-être pas une si bonne idée que ça de quitter Siwa aussi rapidement !

Piste Siwa-Bahariya, plus de roue de secours
On se protège du soleil comme on peut.

Alors que je me réveille à moitié à 3 h du matin, j’entends un ronronnement au loin et, ouvrant un peu plus les yeux, j’aperçois ce qui semble être des phares qui scintillent dans la nuit.

Dans le désert en pleine nuit, les bruits et les lumières portent très loin. Nous attendons donc un certain temps avant que la jeep nous rejoigne. Une fois à notre niveau, les yeux passablement éblouis par les deux faisceaux lumineux, ce sont bien Ahmed, David et deux Égyptiens qui sortent du véhicule. David et Ahmed ont en fait marché durant 8 h avant d’arriver à l’oasis qui était plutôt à 40 km qu’à 20. En toute logique, Ahmed était d’avis de venir nous rechercher au petit matin, le plus important étant d’avoir trouvé de l’aide. Pour la suite, il n’y avait pas urgence. Mais nos deux sauveurs n’ont rien voulu savoir. Hors de question de laisser des touristes passer la nuit seuls dans le désert. Une dernière réparation et nous voilà en route vers l’oasis pour terminer la nuit chez nous hôtes.

Tomber en panne en voyage, c’est un grand classique, mais au milieu du désert, l’expérience a une autre saveur. Je suis sûr que vous avez plein d’histoires de pannes plus ou moins drôles à partager ! Je me trompe ?

Conseils pratiques

Est-il dangereux de se rendre à l’oasis de Siwa aujourd’hui ?

Si vous souhaitez vous visiter l’oasis de Siwa, renseignez-vous sur les conditions actuelles de sécurité. L’oasis est proche de la frontière libyenne. J’y suis allé en 2002 alors que le contexte était tout autre. La zone est en rouge dans les conseils aux voyageurs du MAE et orange sur ceux du Foreign Office (toujours chercher plusieurs sources, le MAE étant le plus souvent partisan d’un ultra principe de précaution).

Vous ne serez pas seul, car encore aujourd’hui, des voyageurs s’y rendent, mais à vous de vous renseigner sérieusement avec des infos récentes, notamment sur les forums de voyage. Mon hôte qui habite au Caire depuis 12 ans y est allée en janvier 2017. Elle y a vu des touristes et de son point de vue, c’est on ne peut plus sûr. Il n’est par contre a priori plus possible d’emprunter cette piste qui était déjà soumise à un permis spécial à l’époque.

Quand aller à Siwa ?

En plein désert, vous vous en doutez sans doute, à Siwa, le soleil est en pleine forme. Un conseil donc, à moins d’être fan absolu des températures records, éviter d’y aller entre juin et septembre (recommandation valable pour toute l’Égypte du reste), c’est une vraie fournaise.

Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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