Partir en Inde seul par la route : retour sur un voyage de la France au Laos

Tout aurait dû commencer par là. Quand ce blog a vu le jour et que j’ai publié le premier article un 29 novembre 2012, j’aurais pu commencer par ça. J’aurais dû vous parler de ce voyage au long cours qui m’a fait découvrir une petite partie du monde une année durant en 2000. Mais voilà, je trouvais ça un peu poseur comme entrée en matière. Quand certains aiment user et abuser de l’emphase, je préfère une certaine discrétion, un peu de modestie. La modestie quant à nos voyages, c’était d’ailleurs le sujet de ce qui sera alors le premier billet du blog : la fin du mythe du voyageur.

Mais il n’est jamais trop tard pour faire son coming out et avouer qu’un matin il y a 18 ans, j’ai enfilé mon sac à dos et je suis parti pour quelques pas, quelques tours de roue. Je suis parti vers l’est, vers l’Orient. J’ai décidé d‘aller faire un tour en Inde et un peu plus, tout seul, comme un grand.

La genèse de ce voyage au long cours

Je vis alors à Dublin et les hasards de la vie m’avaient amené à m’envoler en 1997 pour un premier voyage en Inde dans le cadre de mon boulot. Ce fut tout autant un choc qu’une révélation. Choc de découvrir à quel point l’ailleurs pouvait être différent. Révélation, car ce moi plutôt introverti pour qui le voyage n’était pas vraiment une préoccupation majeure venait de se trouver une nouvelle passion.

Après pas mal de réflexion, une évidence s’impose, je veux partir voyager en Inde pour plusieurs mois. Reste ensuite à broder autour de ça. Je pourrais opter pour un tour du monde avec une première étape en Inde, puis visiter tous ces pays qui me font rêver aux quatre coins de notre belle planète. Seulement voilà, le prix d’un billet d’avion tour du monde me semble un peu trop élevé au vu du contenu de ma tirelire.

Et puis je ne saurais trop dire pourquoi, mais l’avion ne me plaît pas trop. Je suis davantage attiré par les itinéraires terrestres. Voyager par la route ou le rail, mais pas les airs. Rester au contact du sol, voyager sans avion. Ce choix n’a alors pas vraiment de vertu écologique, car j’ignore encore que l’avion est un mode de transport désastreux en terme d’émissions de CO2.

Le point d’orgue du projet tournant autour de l’Inde, ça sera donc un voyage d’un an vers l’Inde, prolongée par un petit bout d’Asie du Sud-Est jusqu’au Laos. À peu de chose près la route des hippies, la hippie trail, c’est dire l’originalité de l’entreprise ! Une autre manière de résumer ça serait un voyage d’Istanbul à Delhi par la route avec quelques à-côtés. Oui c’est bien ça, d’Istanbul à Delhi par la route, voilà que je me transforme en star du marketing. Parce qu’on a beau dire, annoncer qu’on va partir en Inde, ça claque un peu plus que de partir au Liechtenstein.

Le jour J

Nous sommes le 6 mars 2000. Mes parents m’amènent de Ban de Laveline (le petit village dans les Vosges où j’ai grandi) à la gare de St Dié. C’est le moment des adieux, rendez-vous est pris dans un an. Bien qu’excité, je suis néanmoins un peu tendu. Je n’ai à ce jour que bien peu voyagé, et même si je ne me lance pas vraiment dans une entreprise très compliquée, ce voyage me semble tout de même être un truc un peu plus grand que moi. Ça n’est sans doute pas la journée la plus agréable pour ma maman. Voilà son fils unique qui part pour un an.

Un premier train pour Strasbourg, puis un bus de nuit pour Prague. Je me réveille au petit matin à une courte distance du centre-ville, et voilà les prémisses de ce qui deviendra une routine, trouver une auberge de jeunesse et y poser mon sac.

Un mois à travers l’Europe jusqu’à Istanbul

Prague, Cracovie, Budapest, je trace assez vite mon chemin à travers l’Europe. Je ralentis un peu le rythme en Roumanie, car il faut encore à cette époque payer un visa pour visiter ce pays. Je me sens donc un peu dans l’obligation d’amortir cet investissement. Je suis enchanté de visiter Prague, mais suis assez surpris d’y croiser déjà autant de touristes, bien qu’il fasse encore froid en ce mois de mars.

Je suis émerveillé par Budapest dont je n’avais aucune image et qui me surprend, me charme. La Roumanie donne alors une impression de campagne, avec encore de nombreuses charrettes tirées par des chevaux sur les routes. Tout ça m’enchante, mais je suis tout de même assez pressé d’arriver à Istanbul, la porte de l’Orient.

Prague
Prague
Budapest, le parlement
Budapest, le parlement
Romanie, scène champêtre
Romanie, scène champêtre

La Turquie, le vrai début du voyage

Même si ce premier mois fut une très bonne mise en bouche, à tort ou à raison, la Turquie me donne l’impression de marquer vraiment le début de ce voyage. Je suis en quête d’exotisme, et je le trouve ici. La ville regorge de marchands de rues, la vie me semble être moins régentée, moins organisée qu’en Europe.

Et puis les souks d’Istanbul, même si l’on y est sans cesse abordé par des marchands de tapis, quelle merveille. C’est aussi l’occasion d’apprendre à me dépatouiller de tous ces marchands qui courent après les touristes comme moi. Trouver le truc pour qu’ils ne soient plus une nuisance, mais fassent simplement partie du décor.

Un mois pour traverser un aussi grand pays, c’est peu et j’aimerais traîner un peu plus. Après tout, c’est également une des raisons qui m’avaient amené à ne pas vouloir prendre l’avion, plus de liberté. Sauf que mon visa iranien, obtenu à Paris, m’oblige à y entrer au plus tard le 2 mai.

À Istanbul, je traverse le Bosphore et pose mon premier pied en Asie. Après quoi, direction Éphèse puis la Cappadoce et enfin le Kurdistan turc au sud-est du pays. J’ai droit dans cette région à un accueil assez incroyable avec les premières invitations à venir manger ou dormir chez l’habitant. Même si cette hospitalité m’enchante, je n’en reste pas moins encore un peu méfiant. Et s’il y avait une arnaque ? En France, il est pour ainsi dire impensable d’inviter chez soi un étranger rencontré au détour d’une rue. Qu’il en aille différemment ici, je peux le comprendre, mais je n’arrive pas encore complètement à lâcher prise.

Mais j’ai oublié de vous dire l’essentiel. En turc, thé se dit çay (chaï) ! Il en sera de même en Iran, au Pakistan, en Inde et au Bangladesh. Le début d’une longue histoire.

Cappadoce
Cappadoce
Mosquée Bleue
Mosquée bleue à Istanbul
Dogubeyazit
Cordonnier à Dogubeyazit

L’Iran, l’axe de l’hospitalité

L’Iran est un pays qui m’intrigue. J’avais bien compris pour l’avoir lu sur des forums de voyage que ce pays et ses habitants étaient très différents de l’image qui en était véhiculée chez nous, mais il n’empêche. L’Iran avait un goût d’interdit, procurant par la même une impression d’aventure. Évidemment, une fois passée la frontière, je retombe rapidement les pieds sur terre. Les Iraniens portent l’accueil du touriste que je suis à un niveau difficilement imaginable, mais d’aventure il n’y en a pas vraiment, car ce voyage en Iran s’avère on ne peut plus simple.

À part le bazar de Tabriz, les premières étapes jusqu’à Téhéran sont par contre un peu décevantes, à croire que j’avais mis la barre un peu trop haut. Mais Kashan, Ispahan, Chiraz, Yazd et Bam viennent rapidement corriger cette première impression. Les quartiers modernes de ces villes ne sont pas forcément surexcitants, mais ces dômes turquoise, ça vaut tout de même son pesant en cacahuètes. Et puis les Iraniens, mais comment est-il possible d’être aussi accueillant, ça frise le complot.

Ispahan
Palais Ali Qapu à Ispahan
Ispahan, place de l’Imam
Place Naghsh-e Jahan à Ispahan
Yazd
La vieille ville de Yazd

Le Pakistan, la révélation

Quand je passe la frontière pakistanaise, nous sommes à la fin du mois de mai et le désert du Baloutchistan s’est transformé en véritable fournaise. Cette frontière, sonne l’arrivée dans un autre monde. Le beau goudron des routes iraniennes fait place à la poussière et les villes bien ordonnées font place au chaos urbain.

Du Pakistan, je ne connaissais pas grand-chose. Je pensais le traverser en 3 semaines avant d’entrer en Inde. Sauf que depuis l’Iran, ma route a croisé à plusieurs reprises des voyageurs intarissables sur ce pays. Quand ils parlent du nord du pays, de Hunza, de Chitral et de Peshawar, leurs yeux pétillent.

Résultat des courses, j’y resterai deux mois. Encore aujourd’hui, quand on me demande mon pays préféré parmi ceux que j’ai eu l’occasion de visiter, je réponds le Pakistan. Je trouve là-haut, dans ces montagnes, des paysages de dingue, un accueille chaleureux, et à certains égards plus doux, moins imposant qu’en Iran. Je m’y repose également, réalisant que le rythme suivi jusque là est un peu trop rapide. Alors que j’arrive à Lahore, j’en suis à près de 11 000 km en trois mois.

Minapin, Karimabad, Altit, Passu, Sost, tous ces villages de la vallée de Hunza m’offrent cette opportunité de souffler. C’est un véritable havre de paix pour backpackers fatigués et en mal d’un peu de repos, une Shangri-La dominée par des sommets à plus de 7000 m.

Rakaposhi – vallée de Hunza
Rakaposhi, vallée de Hunza
Enfants de Quetta
Enfants de Quetta
Polo à Gilgit
Polo à Gilgit

Mais j’ai également bien cru mourir (si si !) durant ce voyage au Pakistan. Il faut en effet reconnaître que parfois, ce pays est tout de même assez délirant, comme tous ces artisans et marchands d’armes en tout genre qui ont pignon sur rue à Darra Adam Khel.

À Peshawar, l’hospitalité des Pachtounes est une fois de plus assez dingue, mais elle est également un peu équivoque. Ils en sont fiers de cette hospitalité, tellement fiers qu’elle leur procure parfois un certain sentiment de supériorité.

Dans une ultime tentative de me faire plus léger afin de m’essayer à  l’art du tapis volant, je décide de tomber malade en mode pour de vrai à Chitral. Je vous passe les détails, mais 10 kg de perdu en peu de temps, moi qui n’ai déjà pas de grosses réserves, je ne respire pas forcément la santé et le moral s’en trouve aussi sérieusement écorné ! Que voulez-vous, ce sont les aléas du voyage, et on s’en remet d’ailleurs assez vite.

L’Inde, le premier but atteint

Partir en Inde était le but de ce voyage, et m’y voilà. Ce 21 juillet 2000, alors que je viens de passer la frontière et suis dans un bus pour Amritsar, je suis excité comme au premier jour. J’ai l’impression qu’un premier jalon important de cette grande balade a été accompli. Et quand je regarde la mini mappemonde qui traîne dans mon sac, je suis assez fier de moi.

Peut-on appeler ça un road trip de la France à l’Inde, je ne sais pas et on s’en fou un peu, mais je n’en suis pas moins vraiment satisfait d’être arrivé là sans quitter le plancher des vaches. Je n’ai pas rejoint l’Inde depuis la France en voiture comme Nicolas Bouvier ou encore en camion, en camping-car, en train, à moto, à vélo ou encore en trottinette, mais par un mélange d’un peu tout ça. Quoique, pour la trottinette, on repassera. Bref, j’ai atteint le cœur de l’Asie par la route.

Évidemment, au fil des semaines et des mois, ce que je voyais tout de même au départ comme une grande aventure (ça l’était pour moi) s’est transformé en quelque chose de finalement relativement simple et assez banal. Banal, car je n’ai de cesse de croiser des voyageurs qui suivent plus ou moins le même itinéraire. Parfois, je retombe par hasard sur une personne croisée 5000 km plus à l’ouest.

Je prévois de passer trois mois en Inde (ça sera au bout du compte quatre). Trois mois dans un même pays, ça donne l’impression d’une bouffée d’air, d’une liberté encore un peu plus grande, et ça, c’est chouette. Mais surtout, je suis en Inde, un lieu à part, pour le meilleur et pour le pire.

En ce mois de juillet, la mousson est en pleine forme. Pour y échapper, direction Leh dans le Ladakh via cette incroyable route depuis Manali. Près de 500 km à travers de très hautes montagnes et deux cols à plus de 5000 m.

Entre Likir et Temisgam
Entre Likir et Temisgam
Monastère de Lamayuru
Monastère de Lamayuru
Lamayuru, petit moine
Jeune moine au monastère de Lamayuru

Après de grosses rasades de julley1bonjour en ladakhi au Ladakh, direction les antipodes du pays avec une grande virée en train vers l’Inde du Sud et les temples du Tamil Nadu.

Ces mois en Inde seront sans doute la partie la plus intense du voyage, avec en point d’orgue ma semaine passée à Varanasi, la Jérusalem des hindous. Nul besoin d’être croyant pour être médusé devant le spectacle des pèlerins qui chaque matin viennent s’amasser sur les Ghats du Gange pour un bain rituel. Le fleuve baigne alors sous une sorte de brume orangée.

Cette fois-ci, ça y est, le cap des 6 mois est franchi, je suis vraiment bien dans mes pompes. On ne peut pas vraiment parler de routine, car en Inde, il y a forcément toujours un truc ici ou là qui me laisse pantois, mais le fait de voyager est maintenant clairement devenu mon quotidien.

Depuis le Pakistan, le nombre de visites de sites prétendument incontournables se réduit, et les journées passées sans réel objectif vont en s’accroissant. C’est ce que j’appelle, à tort ou à raison, voyager. L’ambiance du pays visité et ses habitants deviennent l’attraction numéro un. Et c’est ainsi qu’un jour, sans crier gare, aller en Inde devient une sorte d’addiction !

Delhi, Jama Masjid
Delhi, Jama Masjid
Calcutta, marché
Marché de Calcutta
Hyderabad, Charminar
Hyderabad, Charminar
Varanasi, spectateur attentif
Spectateur attentif le long des Ghats à Varanasi
Varanasi, prière du matin
Ghats de Varanasi au petit matin
Delhi, Jama Masjid
Delhi, Jama Masjid

Le choc du Bangladesh

Le Bangladesh n’était pas au programme quand j’avais tracé mon itinéraire approximatif sur une carte, mais un jour, sur l’étale d’un bouquiniste à Delhi, je tombe sur un Lonely Planet d’occasion sur ce pays. Personne ne semble en parler, pour y voyager en tout cas. Peut-être qu’il n’y a tout simplement rien à y voir, mais la Terre n’étant pas connue pour abriter des trous noirs, ça serait étonnant. Et quand bien même il n’y aurait rien, on y croise forcément plein de Bangladais (ils sont 130 millions en 2000, 163 millions aujourd’hui).

Ce voyage au Bangladesh ne sera pas de tout repos, mais c’est une expérience en soi. Des habitants touchants, un pays tout à la fois marquant et épuisant. Mais c’est aussi ça le voyage, être face à la nouveauté, parfois jusqu’à trébucher pour mieux se relever. Aucun défi là dedans, juste l’envie de découvrir et de vivre la différence.

Être seul ne serait-ce que cinq minutes tient ici de la mission impossible. Si on peut reconnaître aux Indiens une certaine indiscrétion, au Bangladeh, c’est un véritable sport national.

Plantations de thé de Srimangal
Plantations de thé de Srimangal

Le Myanmar et la douceur des Birmans

Nous sommes en décembre 2000 et ça fait donc maintenant 9 mois que le voyage a commencé. Je lis parfois des récits expliquant qu’avant 2012, la Birmanie était un pays complètement fermé et qu’y aller était très compliqué. Voilà de belles affabulations. Effectivement, en 2000, le pays est toujours sous le joug d’une dictature militaire, mais obtenir un visa de touriste pour le visiter est un jeu d’enfant.

Voyager dans une partie du monde dont le peuple est opprimé amène, et c’est légitime, son lot de questions. Certains, dont Aung San Suu Kii, appellent alors les touristes à boycotter la Birmanie. Ce seront pour moi les prémices d’une réflexion quant à savoir s’il est acceptable ou non de voyager dans un pays sous dictature. Comme je décide de visiter le Myanmar, vous l’aurez compris, je ne suis pas convaincu par le principe du boycott.

Les frontières terrestres du pays étant fermées, il me faut rejoindre Rangoun en avion depuis Calcutta. Mon souhait de ne pas prendre l’avion se trouve un peu écorné au passage. Frustration assez symbolique, j’en conviens, mais frustration quand même.

C’est également l’heure de la pause dans le voyage en solo, car un couple de très bons amis me rejoint pour ce mois au Myanmar. Même si j’aime voyager seul, je suis honnêtement ravi de passer ces instants en leur compagnie, ça fait du bien.

Les régions accessibles aux touristes sont assez limitées. Nous suivons donc un circuit des plus classique qui nous emmène à Bagio, Kalow, au lac Inlé, Hsipaw et son célèbre mister Book, Mandalay et bien entendu, le site de Bagan, un incontournable de la Birmanie.

Après le Bangladesh, la Birmanie, c’est reposant. Je pense avoir rarement rencontré un peuple aussi calme et souriant. Souriants, ils sont loin d’être les seuls, mais ce calme et cette douceur, c’en est même perturbant.

Mandalay, pont U Bein
Mandalay, pont U Bein
Un cheroot pour fêter Noël
Je m’accorde un maxi cheroot pour fêter Noël
Pêcheur au lac Inle
Pêcheur au lac Inle

Déprime cambodgienne

Après quelques jours à Bangkok pour obtenir mes derniers visas, direction le Cambodge. Mais le cœur n’y est plus. Cette appétence à toujours découvrir de nouvelles choses semble s’être en grande partie évanouie, et hormis la magie du Bayon à Angkor, mon enthousiasme devient un peu forcé.

Dans un premier temps, je mets ça sur le compte de l’usure du voyage et le fait d’être à nouveau seul. Sauf que non, le coupable s’appelle en fait Lariam, cet antipaludéen avec qui certains cerveaux semblent cohabiter assez mal. Manifestement, mes neurones n’en veulent plus, non merci, au revoir, fini le Lariam.

Et même si Angkor voit alors passer 10 fois moins de touristes qu’aujourd’hui (200 000 en 2001 contre plus de 2 millions en 2016), j’ai du mal à m’adapter à l’ambiance qui règne à Siem Reap. La prostitution enfantine exposée au grand jour à Phnom Penh n’est pas faite pour me remettre sur les rails.

Nonnes dans un temple
Nonnes dans un temple à Angkor

Le Laos, l’épilogue du voyage

Février 2001, je passe la frontière laotienne. Depuis le Cambodge, j’ai dû refaire un détour par la Thaïlande, car la frontière entre le Cambodge et le Laos n’est pas ouverte aux étrangers. C’est donc le dernier mois de mon année sabbatique. Sentiment étrange d’un voyage qui approche de son épilogue.

Le besoin de souffler à nouveau se faisant ressentir. Si Phan Don et ses 4000 îles au milieu du Mékong au sud du pays sont un peu le lieu rêvé pour me requinquer pleinement avant de rejoindre le nord.

Pour cette touche finale, le Laos s’avère être assez sensas. Je m’y déplace à plusieurs reprises au fil de l’eau, sur le Mékong. Quand ils ne s’adonnent pas à une partie endiablée de pétanque-tong, les Laotiens sont plutôt calmes, discrets et souriants. Même la capitale Vientiane est à cette époque calme de chez calme.

En 2001, Luang Prabang n’a pas encore été envahie par les touristes, mais par contre, Vang Vieng semble être déjà devenu cette sorte de n’importe quoi et je m’abstiens.

Don Det, coucher de soleil
Don Det, coucher de soleil
Nong Khiaw, pétanque locale
Nong Khiaw, pétanque locale
Bye bye
Bye bye, le voyage touche à sa fin

Ce n’est qu’un au revoir

Quand je traverse le poste-frontière entre le Laos et la Thaïlande à Huay Xai, c’en est vraiment fini. Une descente expresse de la Thaïlande en bus jusqu’à Bangkok et me voici dans un avion de la Biman2compagnie aérienne du Bangladesh direction Paris avec escale à Dacca. Nous sommes le 3 mars 2001.

Ce voyage se termine, et je me sens comme étourdi. Même si ça n’était au fond pas bien compliqué, je ne me serais pas cru capable de ça trois ou quatre années plus tôt. Un certain sentiment d’autosatisfaction est donc présent.

Impression assez étrange de suivre sur l’écran la trajectoire de l’avion qui parcourt en quelques heures ce qui m’aura pris un an. Je suis heureux de rentrer, de revoir mes parents et mes amis. J’imagine qu’ils ne sont pas non plus mécontents de me revoir. Par contre, ce qu’ils n’avaient sans doute pas complètement anticipé, c’est que je suis prêt, au taquet, pour les soûler des heures durant avec mes histoires de voyage, sans oublier bien sûr les soirées diapos !

Le Blog

Fin 2012, jugeant le moment opportun pour soûler encore plus de monde, je décide de me lancer dans l’aventure du blog de voyage. L’histoire a retenu que Christian Doppler, et Jacques Chirac sont nés un 29 novembre. On est par contre rassuré de savoir qu’elle omettra sans doute que One Chaï est né ce même jour, quelques années plus tard !

Quelques chiffres

Je ne suis pas certain que ces chiffres soient très utiles pour organiser aujourd’hui un voyage au long cours, mais je vais tout de même les poser là, pour faire joli 🙂

Si vous voulez de vraies estimations de budget par pays au goût du jour, le planificateur A-contresens est sans doute un meilleur ami.

Budget total pour un an

  • Dépenses quotidiennes : 3350 €
  • Visas : 310 €
  • Médicaments : 305 €
  • Assurance de voyage : 440 €
  • Film diapos + développement : 430 €
  • Avion : 495 €
  • Divers : 400 €
  • Total : 5730 €

Budget par jour et par pays

Ne sont comptées ici que les dépenses quotidiennes (d’un total de 3350 €), à savoir logement, nourriture, transport, prix d’entrée des sites touristiques. C’était un budget sans fioriture on va dire !

  • Europe (1 mois) : 22,10 €
  • Turquie (1 mois) : 16 €
  • Iran (1 mois) : 8,70 €
  • Pakistan (2 mois) : 6,40 €
  • Inde (4 mois) : 5,80 €
  • Bangladesh (3 semaines) : 5,90 €
  • Birmanie (1 mois) : 8,50 €
  • Cambodge (3 semaines) : 13,10 €
  • Laos (3 semaines) : 6,90 €

31 300 km parcourut

Ce voyage au long cours représente tout de même en une année une distance de plus de 30 000 km. À part Varanasi et Manali où je suis resté une semaine, je n’ai jamais été plus de 4 jours au même endroit. C’est assez classique somme toute, mais ça reste assez rapide. Aujourd’hui je dirais sans doute un peu trop rapide.

1872 photo

Eh oui, c’est tout, moins de 2000 photos en un an ! En 2000, les appareils photo numériques, ça n’était pas encore trop ça. Je suis donc parti avec mon reflex argentique et quelques pellicules. Mon crédit photo était d’un film diapo de 36 poses par semaine. Je sens que les accros du déclencheur viennent à l’instant d’être terrassés par une crise cardiaque. Une moyenne de 5 photos par jour, c’est peu, mais c’est une excellente école de la photographie. Ça force à soigner sa composition aux petits oignons avant d’appuyer sur le bouton. Résultat, le ratio de photos vraiment réussies est bien plus élevé.

0 galère

Aucun vol ni agression. Évidemment, il m’est arrivé de tomber malade quelques fois, mais tant qu’on repart après quelques jours de pause et tout au plus quelques kilos en moins, on ne peut pas vraiment parler de galère. Je ne le répéterai jamais assez, le monde dans sa vaste majorité est bienveillant, extrêmement bienveillant même !

Partir en Inde par la route aujourd’hui

Aujourd’hui, la route des hippies bloque sur un écueil, le Pakistan. Obtenir un visa pour ce pays n’est pas simple (possible uniquement depuis le consulat de son pays de résidence), et la traversée du l’ouest du Pakistan, le Baloutchistan, est tout de même devenu hasardeuse.

La nouvelle route passe donc maintenant plus au nord. Rejoindre par la route l’Asie depuis l’Europe donne droit aujourd’hui en cadeau Bonux à un voyage en Asie Centrale. Depuis l’Iran, direction le nord pour une balade à travers le Turkménistan, l’Ouzbékistan et les merveilles de Samarcande et Boukhara. Il est possible ensuite de parer au plus pressé et de rejoindre le Kirghizstan puis la Chine, mais passer à côté du Tadjikistan, vous n’y pensez pas malheureux ! Comment ça vous ne voyez pas de quoi je parle, mais bien sûr que si, le Pamir, bref, le Kiffistan quoi !

Reste que vous arrivez ainsi en Chine. Poursuivre sa route vers l’Asie du Sud-Est n’est alors pas bien compliqué, mais pour l’Inde, c’est encore loin d’être gagné.

Si l’Iran ne vous botte pas plus que ça, ou qu’on vous refuse le visa de transit pour le Turkménistan, il vous reste la possibilité de traverser le Caucase et la mer Caspienne. Un petit voyage en Arménie, ça ne se refuse pas !

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1. bonjour en ladakhi
2. compagnie aérienne du Bangladesh
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.

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