Port Barton-El Nido en bangka, une traversée sur une chaise folle

Des Philippines, je ne vous ai jusqu’à aujourd’hui parlé que de rizières. Mais ce pays étant un archipel de plus de 7000 îles, forcément, la mer y est omniprésente. Et qui dit mer dit voyage en bateau. Le voyageur moderne a souvent tendance à lui substituer l’avion, mais moi, l’avion, je ne suis pas fan. Aux Philippines, j’ai donc testé une fois un gros ferry pour rejoindre Manille depuis l’île de Palawan, et à plusieurs reprises sur Palawan, je me suis déplacé à bord des bangkas, ces petits bateaux traditionnels philippins. Sur une mer d’azur, c’est un peu le cliché qui fait rêver, mais quand la mer décide de frétiller, il arrive au voyageur n’ayant pas le pied très marin de sourire un peu moins.

Après avoir bullé quelques jours à Port Barton, l’appel du large se fait entendre. Ça n’est pas que ce petit village de pêcheurs et sa superbe plage sous les cocotiers soit déplaisant, tant s’en faut, mais la mer m’appelle.

Bangka sur la plage de Port Barton
Bangka sur la plage de Port Barton

Elle m’appelle plus au nord, à El Nido et ses pains de sucre de l’archipel des Bacuits. Eh oui, surprise, ces formations calcaires effilées et saillantes au milieu d’une mer azur qui ont fait la célébrité de Krabi n’existent pas qu’en Thaïlande. Un autre chapelet du même acabit et tombé du ciel en mer de Chine au large de Palawan à El Nido.

Pains de sucre de l'archipel des Bacuits
Pains de sucre de l’archipel des Bacuits

Pour rejoindre El Nido depuis Port Barton, deux solutions. La première est faite d’une caisse de métal juchée sur quatre roues. Une caisse de métal qui mettra entre 7 et 8 heures pour parcourir 160 km soit un bon 20 km/h de moyenne. Vous l’aurez donc deviné, la route ne ressemble pas forcément à une douce étendue bien lisse et uniforme de bitume et bien évidemment, le bus n’a pas été construit avec pour cahier des charges de pouvoir loger un grand dadais de 1 m 90.

La seconde option, c’est par la mer, en bangka. Après avoir admiré durant quatre jours cette mer bleu turquoise dans la baie de Port Barton, on ne met généralement pas très longtemps à avoir un certain penchant pour l’option bangka, pas vous ?

Il n’y a pas de service régulier entre Port Barton et El Nido donc il faut dénicher d’autres compagnons de route pour partager un bateau. Mes visites quotidiennes au poste de surveillance sur la plage ne sont pas très fructueuses. Chaque jour, la rengaine est la même, tomorrow, no bangka to El Nido1pas de bangka pour El Nido demain.

Jusqu’au jour ou un gars m’aborde. Il est gardien dans une des petites pensions de Port Barton et il y aurait le lendemain un groupe de neuf touristes qui iraient à El Nido en bangka, et coup de bol pour moi, il resterait une place. Je ne peux pas dire que le gars me semble être très fiable, mais ça n’est pas non plus comme si j’avais un autre plan. Et puis je n’ai pas à payer quoique ce soit d’avance, donc allons-y.

Avouez que voyager en bangka, c'est plus attrayant qu'en bus !
Avouez que voyager en bangka, c’est plus attrayant qu’en bus !

Levé aux aurores le lendemain pour retrouver mon sauveur, et ça ne rate pas, il y a embrouille pour le bangka de 10 places, mais par chance, il y m’en aurait déniché un autre, plus petit, avec 4 touristes allemands prêts à partir. Et en effet, oh miracle, il y en a bien un prêt à lever les amarres sur la plage. Et comme je suis un gros veinard aujourd’hui, j’ai droit à la place d’honneur, à la proue, où une superbe chaise en plastique m’attend.

Je fais tout de même un tour du propriétaire avant d’embarquer. Je ne suis certes pas vraiment un marin averti, mais je ne suis pas naïf non plus au point de monter à bord du premier rafiot qui prendrait l’eau. Il n’y a pas d’eau au fond du bangka, personne n’écope et le moteur démarre au quart de tour. Ah tiens, c’est un peu moins silencieux avec le moteur en marche !

Les connaisseurs parmi vous se marrent peut-être déjà, mais moi je suis aux anges. Sans déconner, j’ai la place à l’avant, sans rien pour entraver ma vue. Et puis ma chaise en plastique dont la forme épouse pour ainsi dire à la perfection la forme de mon séant est tout de même autrement plus confortable que les minuscules bancs en bois tout riquiquis sur lesquels sont recroquevillés mes comparses allemands.

Nous quittons la baie de Port Barton sur une mer d’huile. Le soleil commence tranquillement à nous chauffer la peau, tout n’est que luxe calme et volupté. Quand je pense que l’avant veille, j’étais à deux doigts, faute de trouver un bateau, de prendre le bus, j’ai vraiment eu du flair de persister.

Mais à force de quitter la baie, nous finissons par nous retrouver … en pleine mer, en mer de Chine pour être précis. La météo est toujours au beau fixe (comme prévu, elle le restera), mais la mer n’est plus vraiment d’huile. La proue du bangka commence à osciller de haut en bas, notez d’un sens, tant mieux, ça commençait à devenir un peu ennuyeux cette croisière.

Quand soudain, flafff … l’étrave plonge un peu plus et je me prends une vague en pleine poire. Je suis certes un peu surpris, mais ça me fait tout de même bien marrer, et mes comparses allemands, jusqu’alors un peu coincés, se dérident. Plus on est de fous, plus on rit !

Flafff … je me prends une vague en pleine poire

Dix minutes plus tard, l’étrave plonge à nouveau et re-flafff, mais cette fois-ci, ça secoue un chouia plus, tant et si bien que les pattes de ma superbe chaise en plastique se tordent, ou plutôt se vrillent. Et dans un splendide mouvement de rotation, je me retrouve par terre, les pattes de ma chaise enroulées sous l’assise, comme vissées au sol. Forcément, une fois de plus, ça surprend, mais la performance est artistiquement parlant assez intéressante et c’est franchement une bonne tranche de rigolade sur le bangka. Je note au passage que le capitaine n’est pas en reste quand il s’agit de se marrer.

Arrivé au large de la baie d’Imuruan, le bangka coupe dans un premier temps au plus court. Mais en nous éloignant des côtes, la mer ne fait que forcir et le lavomatique repasse de plus en plus souvent en mode lavage puis essorage. Je reste stoïque et joviale, mais ça n’est tout de même plus la franche rigolade des premières vagues.

La chaise blanche à l'avant, c'est la chaise à bibi !
La chaise blanche à l’avant, c’est la chaise à bibi !

Ne nous méprenons pas, je ne suis pas non plus en train de vous dire que nous essuyons une tempête de force 9 en pleine mer de Chine. Avec ses balanciers, le bangka ne risque pas le moins du monde de chavirer, mais ça n’en reste pas moins une petite embarcation et pour ne pas prendre trop d’eau, le capitaine doit réduire l’allure et se rapprocher des côtes. Il faut également écoper de temps à autre, mais là encore, rien d’anormal.

Le temps passe, le soleil monte, les vagues continuent leur inlassable volonté à me laver coûte que coûte, et pour être honnête, au bout de 2-3 heures, je commence à en avoir un peu ma claque. À chaque vague un peu plus forte, je m’accroche à la coque pour soulager ma chaise et lui faire cesser cette danse folle. Le sel me brûle les yeux, mes fringues sont trempées et avec le vent, je commence à sérieusement me cailler. J’en viens à me dire que finalement, entassé dans un bus, on se tiendrait chaud !

Évidemment, cette histoire fera rire les loups de mer parmi vous, mais que voulez-vous, je n’en suis pas un. Entendons-nous bien, ça n’est pas non plus l’agonie, mais ça n’est plus du tout non plus la partie de plaisir que j’avais envisagé au départ. J’en ai un peu marre, mais il va falloir être patient. Il reste encore quelques milles à parcourir donc autant se faire à l’idée qu’il y ait peu de chance que la machine à laver s’arrête avant d’arriver à El Nido.

Et puis les pains de sucre de l’archipel des Bacuits pointent le bout de leur nez. Le capitaine nous parle de pause déjeuner sur la plage d’une de ces îles, et je me dis que finalement, toutes ces vagues dans les naseaux, ça valait peut-être le coup, vous ne trouvez pas ?

L'archipel des Bacuits
L’archipel des Bacuits
Les bacuits en version mer calme
Les bacuits en version mer calme

Port Barton-El Nido, en bateau ou en bus

Étant donné les difficultés à trouver un bangka, la plupart des voyageurs font le voyage en bus. Si la mer est calme, le bateau est clairement la meilleure option. Et même dans mon cas, c’eut été des plus plaisant si j’avais suivi ces quelques conseils :

  • Vous l’aurez compris, l’option chaise en plastique à l’avant est une très mauvaise idée. Plus on est proche de la proue, plus on est arrosé ! Sans compter que la chaise est trop haute sur patte.
  • Partez avec un K-way à portée de main. Vous n’aurez plus accès à votre gros sac à dos (dans la soute) une fois parti, donc si vous ne voulez pas vous cailler, un K-way et une polaire à porté de main, ça rendra toujours service.
  • Ça n’est pas parce que la mer est plate dans la baie de Port Barton qu’il en sera de même au large. Toujours s’enquérir de la météo la veille, et de préférence, pas auprès du capitaine du bateau. Si les prévisions ne sont pas bonnes, oubliez l’option bateau.
  • Dans la mesure du possible, privilégier les bangkas d’au moins une dizaine de places. Ils seront bien plus stables, prendront moins d’eau et seront plus rapides. Je suis retourné le lendemain dans l’archipel des Bacuits avec une mer toujours agitée, mais à bord d’un bangka plus gros, ça change tout.
  • Aucun matériel craignant l’eau dans votre petit sac à porté de main à moins d’avoir au minimum une protection pluie pour ce sac.
  • C’est valable pour n’importe quel voyage en bangka aux Philippines, vérifier toujours l’état du bateau avant de partir. Et s’il faut écoper abondamment dès le départ, ça n’est pas bon du tout du tout !

Pour conclure, si l’envie vous prend d’organiser un petit voyager à Palawan, et afin de patienter jusqu’à l’arrivée pas forcément des plus imminente de mes prochains billets sur le sujet, l’ami Brice propose un petit guide approuvé (hormis Cacnipa Island que je ne connais pas) qui va à l’essentiel : Quel programme pour Palawan ?

Évidemment, j’attends maintenant également vos petites histoires de bateau, car avouez-le, vous non plus, vous n’êtes pas aussi calé que le capitaine Haddock sur un bateau ! Je me trompe ?

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1. pas de bangka pour El Nido demain
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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