Route Manali-Leh, tutoyez les étoiles

Pour se rendre à Leh, capitale du Ladakh, beaucoup de monde, pressé par le temps, opte pour un vol aller-retour Delhi-Leh. C’est rapide, confortable et permet d’avoir plus de temps sur place pour son trek au Ladakh. On a l’impression ainsi d’optimiser ses vacances. C’est un peu le mal de notre temps, même en voyage, tout le monde fini par être pressé. Mais impossible en avion de comprendre pourquoi le Ladakh est si différent du reste de l’Inde. Pour appréhender et comprendre cette réalité, il faut prendre la route et réaliser à quel point le Ladakh est un royaume niché au milieu des montagnes et pour ainsi dire complètement coupé du reste de monde. Il en était ainsi en tous cas avant l’avènement de l’avion et la construction de la route Manali-Leh. Et puis la route offre un spectacle grandiose que vous n’oublierez pas de sitôt.

Les routes indiennes sont rarement de tout repos. Circulation dantesque, en ville un concert de klaxons, voir même une symphonie si ce n’est que les instruments sont assez mal accordés. Mais la route Manali-Leh est faite d’une autre trempe. Finis les embouteillages, le chaos et la pollution, place à la montagne. Et en comparaison, autant dire que notre col du Tourmalet avec ces 2115 m ou l’Alpe d’Huez et ses 21 virages font plutôt pâle figure. Manali-Leh c’est 480 km de route de haute montagne avec un point culminant au col de Tanglang La à 5328 m. Ça en fait la route carrossable la plus haute du monde.

Itinéraire de la route Manali-Leh
Itinéraire de la route Manali-Leh

Le voyage en bus dure deux jours. Ça peut sembler bien long pour « seulement » 480 km mais comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas vraiment une route ordinaire. Alors qu’on s’élève au dessus de Manali, la végétation disparaît petit à petit pour laisser place à un univers très minéral et pour ainsi dire inhabité. On comprendra plus tard que les points sur la carte ne correspondent pas vraiment à des villages mais plutôt des campements d’été qui sont là uniquement pour nourrir et loger les voyageurs. En fait de route, de nombreux tronçons ressemblent plutôt à une piste. Croiser un véhicule venant en sens inverse n’est pas toujours chose commode. On apprécie assez rapidement la courtoisie qui veut que quand un bus croise un camion, c’est toujours le camion qui roule côté précipice. Quelques fois ça passe très juste. Et quelque fois ça ne passe pas, en attestent les quelques épaves de camions que l’on aperçoit parfois au fond du précipice. À moins que ça ne soit des chauffeurs qui se sont endormis au volant. Évidemment, quand on croise un autre bus, la règle de courtoisie ne fonctionne plus. On pourrait se lancer dans un calcul compliqué pour déterminer suivant le nombre de femmes et d’enfants et l’âge moyen à bord qui passe côté panorama mais pour une fois on a trouvé une solution beaucoup plus simple, les passagers du bus côté « je n’ai pas envie de plonger » sont priés de descendre du véhicule pour remonter une fois la manœuvre terminée.

L’essentiel des véhicules croisés sont des camions qui viennent approvisionner le Ladakh en divers produits de consommation et des convois militaires. Le Ladakh avec le conflit au Kashmir voisin et la proximité avec la Chine est une région assez sensible.

Pause déjeuner et chaï
Pause déjeuner et chaï

Sur le bas côté, il n’est pas rare de croiser des cantonniers de l’extrême employés à réparer cette route. Ces gueules noires qui préparent le bitume dans de gros bidons métalliques qui brûlent le long de la route vous donneraient presque l’impression d’avoir débarqué dans un univers à la Mad Max. Les conditions de travail de ces hommes venus des régions les plus pauvres de l’Inde sont calamiteuses. Mais sans eux, cette route n’existerait pas.

Vision d’irréel également quand le bus s’arrête pour charger deux moines et leurs maigres bagages qui attendent au bord de la route. Aussi loin que porte le regard, aucune habitation, aucun signe de vie. Vient alors la question, « mais d’où peuvent-ils bien sortir ». Ils ne parlent pas anglais donc le mystère restera entier. Arriver à Leh après ces deux journées de voyage offre un sentiment étrange. On est surpris de se trouver à nouveau dans une ville. Leh est une petit ville mais sa présence, perdue en plein cœur de l’Himalaya, semble incongrue. La fatigue aidant, on éprouve également la satisfaction d’avoir en quelque sorte mérité d’être ici.

Arrivée à Leh
Arrivée à Leh

Conseils pratiques

Premier conseil, n’optez surtout pas pour une place au fond du bus. Ne faites pas comme moi qui me suis dit en voyant la place du milieu de la banquette arrière « génial, j’aurai de la place pour mes grandes jambes ». De la place, pas de problème, j’en ai eu. Le seul souci, c’est qu’à chaque nid-de-poule, et ils sont bien trop nombreux entre Manali et Leh pour pouvoir tous les compter, au lieu de décoller mollement de mon siège, j’en étais littéralement éjecté. J’avais beau m’agripper aux poignées des sièges, rien n’y faisait. Je me suis même cogné plusieurs fois au plafond du bus, un véritable rodéo. Ça dépend évidemment de la délicatesse du chauffeur. Le mien était plutôt du genre jeune et fougueux ! Donc la première moitié du bus c’est très bien mais au delà des essieux arrière, à moins de vouloir jouer au clown de service (j’ai beaucoup fait rire mes voisins à force de me cogner) à éviter donc. Je finirai d’ailleurs la première journée sur le toit avec les bagages. Vue imprenable et confort optimal à condition de trouver des bagages mous pour se vautrer au milieu.

Une place sur le toit avec vue panoramique
Une place sur le toit avec vue panoramique

Vous avez le choix entre les bus privés plus confortables mais plus chers et les bus publics. La plupart des touristes optent pour les bus privés. Pour mon premier voyage, j’avais choisi le bus public et étais le seul occidental à bord. Personnellement je préfère mais à chacun ses préférences. Une option assez intéressante si vous êtes un petit groupe de 4 ou 5 personnes et d’opter pour une jeep qui couvre la distance en une longue journée. Nous avions choisi cette option pour mon second voyage en 2003. Compter environ 18 h avec un départ autour de 2 h du matin. Ça permet en plus de demander au chauffeur de s’arrêter pour quelques pauses photos. Il est également possible d’y aller en camion en allant aux points de rassemblement des camions autour de Manali. L’expérience peut-être intéressante si votre chauffeur est sympa. Il vous en coûtera généralement un prix légèrement inférieur à celui du bus public, à condition de bien négocier.

Rares sont ceux qui prennent l’option de faire le voyage aller et le voyage retour en bus. Ce pose alors la question entre faire Manali-Leh en bus et le retour en avion ou l’inverse. Je ne saurais que trop vous conseiller d’opter pour la première solution, et ce pour plusieurs raisons. La route Manali-Leh est très souvent sujette aux glissements de terrain et peut-être fermée plusieurs jours avant d’être réparée et être à nouveau praticable. Si elle est fermée, vous devriez toujours pouvoir trouver en dernière minute en vol pour Leh, vous disposez d’une certaine flexibilité. Si c’est au retour ça peut se transformer en grosse galère et vous faire rater votre vol retour Delhi-maison, à moins que vous ne soyez un voyageur au long cours. Vient ensuite le problème de l’altitude et des risques inhérents à une ascension trop rapide sans acclimatation. Faire le voyage en bus au retour diminue en effet ce risque car vous serez alors mieux acclimaté après votre séjour au Ladakh. Mais d’un autre côté, faire le voyage par la route à l’aller participe à cette acclimatation. Et pour le coup, ça ne représente plus vraiment des jours perdus car vous auriez dû de toutes façons rester quelques jours à Leh (qui est à 3500 m) pour vous acclimater avant de partir en trek. Le voyage n’est pas assez long pour que ça devienne vraiment dangereux de monter aussi haut aussi rapidement. Attendez-vous néanmoins à passer une assez mauvaise nuit en route en raison de l’altitude.

Le col de Tanglang-La à 5328 m
Le col de Tanglang-La à 5328 m

Enfin la route Manali-Leh est ouverte de début juin à fin septembre pour les bus et de mi-mai à mi-octobre pour les jeeps. Mais gardez à l’esprit qu’une fois la mi-septembre ça devient tout de même très aléatoire avec des risques de neige à tout moment.

Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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