Pèlerinage aux temples de Palitana à Shatrunjaya

Gravir une colline du nom de Shatrunjaya marches après marches jusqu’à atteindre le nombre de 3500. S’élever ainsi dans une ambiance un peu mystique et accompagné de centaines de pèlerins, voilà ce que les temples de Palitana, un sanctuaire jaïn, ont a offrir au visiteur un peu curieux de cet état du Gujarat. Mais qui sont-ils donc tous ces pèlerins ?

Retour en Inde donc. Car dans cet art si particulier de mes incohérences temporello-narratives, j’en ai un peu oublié ce pays qui m’est pourtant si cher. Quand on pense que l’Inde a imprimé à jamais son nom sur ce blog de voyage, cet oubli est limite inconvenant !

Cette année-là, j’avais donc décidé, après une pause bien trop longue, d’aller à nouveau en Inde pour cette fois un voyage dans le Gujarat. Ce voyage avait débuté comme il se doit dans le chaos du vieux Delhi avant de me faufiler vers le Gujarat, cet état indien si proche du Rajasthan et pourtant un peu trop oublié des touristes.

Palitana, une des perles du Gujarat

Si je devais ne retenir qu’une étape de ce voyage au Gujarat, ça serait sans doute Palitana. Cette ville voit passer un flot assez continu de visiteurs, mais au lieu de touristes, ce sont des pèlerins jaïns en quête d’un meilleur karma aux temples de Palitana, au sommet de la colline de Shatrunjaya.

Palitana n’a rien de ces villes indiennes tentaculaires. De taille assez modeste, elle n’a en elle-même rien d’exceptionnel. Peu de klaxons, mais beaucoup de poussière et de vaches, pas de doute, nous sommes bien en Inde.

Un certain air de ruralité règne encore ici, visible notamment à travers le nombre d’hommes portant une tenue traditionnelle faite d’un pantalon à la partie supérieure extrêmement bouffante, comme une sorte de pantalon turc. Bienvenue à la fashion week.

Rues Palitana

Portrait à Palitana

Les restaurants, exclusivement végétariens, car la ville est végétarienne, sont en fait plutôt de grosses cantines parées pour pourvoir aux besoins des pèlerins. Ça grouille un peu de partout, mais à revenir chaque jour à la même cantine, on a vite fait de reconnaître ce blanc-bec de passage. On me gratifie de ce sourire indien accompagné de ce léger dodelinement de la tête, une merveille.

Comme dans tout le reste du Gujarat, l’accueil est on ne peut plus chaleureux. Regarder un passant suffit à lui faire décrocher un salut et un sourire. Et pour peu que votre appareil photo pende autour de votre cou, ces passants vous solliciteront très rapidement, avides les uns comme les autres de rentrer dans la boîte. Les Indiens adorent les photos et l’Inde est le pays rêvé pour la photo de rue.

Portrait à Palitana

Portrait à Palitana

Portrait à Palitana

Rues Palitana

Forgerons Palitana

Forgerons Palitana

La colline de Shatrunjaya

Mais venons-en aux faits, au concret, à la matière, voir même le motif de ma présence à Palitana. Car si je suis venu ici, ça n’est peut-être pas pour admirer les vaches du cru, aussi saintes soient-elles. Si je suis venu ici, c’est bien sûr pour les temples de Palitana. La colline de Shatrunjaya se dresse à quelques kilomètres de la ville, allons-y.

Évidemment, dès lors qu’il s’agit d’améliorer son karma, tout le monde en conviendra, un minimum d’effort est de rigueur. Il ne faudrait tout de même pas que le premier venu accède si facilement à tant de bienfaits en ne faisant que lever le petit doigt. Le ticket d’entrée a ici été fixé à 3500 marches.

Aussi, classons donc les pèlerins à la conquête de Shatrunjaya et de ses temples en trois catégories :

  • Celui qui se dit que tous ces temples là-haut sur la colline, ça doit être vraiment chouette. Sans compter la vue, l’air doit y être un peu plus pur que dans les rues poussiéreuses de la ville. Et à la vue de tous ces pèlerins en habits blancs prêts dès l’aurore à monter, ça devrait être une journée mémorable. Et puis il se dit qu’il a tout de même grimpé dix jours plus tôt les 7000 marches qui mènent au sommet de Girnar Hill près de Junagadh accompagné de sa bronchite indienne (en Inde, on n’est jamais seul). Ces 3500 marches, ça devrait passer comme une lettre à la poste. Je sais, ça n’est pas très poli, mais je n’ai pu résister à la tentation de commencer par moi, pèlerin touriste égocentrique, car oui, je parle ici de moi.

Ascension Shatrunjaya

Shatrunjaya

  • Les pèlerins jaïns quant à eux (les vrais, pas les touristes) vont pieds nus, portant une simple tenue blanche à laquelle est accroché un ballet. Le ballet n’est plus guère là que pour la décoration, mais il est censé à la base être utilisé pour balayer devant soi afin d’être certain de ne pas écraser le moindre insecte en marchant. Les jaïns ont en effet poussé l’art du respect de toute forme de vie à son paroxysme. Ils gravissent la colline à jeun et, en lieu et place de monter les marches une à une, après chaque marche, ils se prosternent dans une sorte de génuflexion (les marches sont suffisamment distantes). Comme souvent devant de tels actes, c’est un mélange d’incompréhension, d’admiration et même si on peut trouver ça assez inutile, d’un certain respect.

Escaliers Shatrunjaya

  • Comme déjà énoncé, pour le nombre de marches, ça n’est pas négociable. Sauf que c’est bien connu, in India, everything is possible1en Inde tout est possible. Vient donc la catégorie du feignant. Le feignant, il a bien conscience que son karma aurait bien besoin d’un petit coup de boost, mais voilà, il est feignant et opte pour le dholi, la chaise à porteurs. Le feignant a parfois aussi la fâcheuse tendance à peser autant que tous ses porteurs réunis. Et pendant que ses porteurs suent sang et eau, lui se bâfre, histoire d’être bien certain de ne pas inverser la tendance. À noter tout de même que des personnes âgées n’ont réalistement pas vraiment d’autre alternative que le dholi, puisse le dieu des jaïns les absoudre.

On peut également remarquer qu’au début de l’ascension, certains porteurs en quête de boulot suivent de près les pèlerins à l’air un peu trop pataud. Ils se disent sans doute “toi, mon gars, t’y arriveras pas, tu craqueras en route pour un dholi”.

Ascension Shatrunjaya en dolhi

Ascension Shatrunjaya en dolhi
Une petite sieste, parce que là, c’est fatigant.
Descente Shatrunjaya en dolhi
Parfois, le dolhi est en effet bienvenu.

Et comme trois catégories, ça ne suffisait pas, il y a toujours des petits malins qui veulent se distinguer, qui veulent toujours plus, de vrais capitalistes du karma. Ceux-là enchaînent les aller-retour tout au long de la journée, et qui sait, peut-être même plusieurs jours durant. In India, everything is possible.

Les temples de Palitana

Au sommet de cette colline, plus de 800 temples. Shatrunjaya est en effet une montagne sacrée. C’est même le lieu le plus sacré du jaïnisme. Et comme les jaïns sont des gens qui ne font pas les choses à moitié, impossible ici d’opter pour le verre à moitié vide, car des temples à Palitana, le verre en est plein, à ras bord.

Shatrunjaya

Shatrunjaya

De même que tout musulman se doit d’aller au moins une fois dans sa vie en pèlerinage à La Mecque, tout jaïn se doit de gravir au moins une fois la colline de Shatrunjaya jusqu’aux temples pour espérer atteindre un jour le nirvana.

Les jaïns ont dit, que nenni, les pattes du canard tu ne casseras pas, même s’il en a trois.

Une fois arrivé au sommet, c’est là que le strict végétarisme auquel s’adonnent les jaïns prend tout son sens. Cette vue alors que le soleil baigne encore dans la brume, puis tous ces temples, ce marbre, ces sculptures ! Il y aurait de quoi casser des milliers de pattes à des milliers de canards, mais ça non, les jaïns ont dit, que nenni, les pattes du canard tu ne casseras pas, même s’il en a trois.

La personne au bureau d’information au pied de la colline m’avait dit qu’une fois arrivé au sommet, je serais face au site le plus somptueux que je n’ai jamais vu ! On va dire que l’amour de son travail avait un peu exalté les sens de ce gentil monsieur, mais ça a tout de même clairement de l’allure.

Levé soleil Shatrunjaya

Palitana fait partie de ces lieux en Inde où la ferveur religieuse assez incroyable qui y règne ne laisse pas vraiment indifférent. Ça n’égale en rien la ville sainte de Varanasi, mais on peut comparer ça par exemple à Xiahe dans la région tibétaine de l’Amdo en Chine.

Maintenant, si tu fais partie d’une quatrième catégorie de pèlerins qui comptaient admirer tranquillement dans son canapé, les doigts en éventails (oui, je te vois) les photos des temples, sache que tu t’es fourvoyé. Dans l’enceinte des temples, les photos sont tout simplement interdites. Tu n’en verras donc aucune.

Après quelques heures à gambader de sanctuaire en sanctuaire au milieu de tous ces pèlerins, je redescends pour ainsi dire porté par l’allégresse. Décidément, même si c’est loin d’être mon premier voyage en Inde, une fois de plus, ce pays, champion du monde de la surprise à chaque coin de rue, prouve qu’il n’est pas à court de ressources ! Cette visite m’a rendu des plus joyeux, ce qui devrait, cela ne fait aucun doute, être des plus bénéfique pour mon karma.

Oiseaux Shatrunjaya

Shatrunjaya

De retour en ville, les vaches, ces vaches indiennes que nul ne semble être à même de pouvoir perturber sont toujours là, impassibles. Quand certaines se la coulent douce au milieu de la route, d’autres, d’autres semblent s’adonner à une certaine autodiscipline en faisant la queue à l’entrée d’un magasin. Faire la queue, un truc tellement peu indien. Auraient-elles perdu la tête ?

Quant à moi, emprunt de ce karma fraîchement acquis, je m’essaye à la conduite d’un rickshaw. Et le soir, en rêve, je me vois en grand guru à parader dans les rues de Palitana. On vous avait prévenu, l’Inde est un pays qui laisse rarement indifférent, et in India everything is possible.

Vaches Palitana

Vache Palitana

Laurent rickshaw Palitana
Je me reconvertis en conducteur de rickshaw.
Procession à Palitana
Et qui sait, dans 20 ans en guru !

Infos pratiques

Le pied de la colline de Shatrunjaya se trouve à 3,5 km du centre de Palitana, accessible facilement en autorickshaw. De là, il reste à parcourir 3,5 km au rythme de ces 3500 marches (500 m de dénivelé). Honnêtement, on est tout de même loin du défi sportif et l’ascension est largement accessible au plus grand nombre. Compter 1 h 30 à 2 h pour atteindre le sommet.

Le site ouvre à 6 h 30 du matin. Je ne saurais que trop vous conseiller d’y aller dès l’ouverture. Vous aurez moins chaud pour l’ascension, et la lumière sera nettement plus jolie.

Comme déjà dit, il est strictement interdit de prendre des photos une fois dans l’enceinte des temples au sommet. Il n’y a par contre aucune restriction tout le long du sentier qui y mène.

Une tenue respectueuse s’impose et les shorts y sont proscrits. Temple jaïn oblige, les objets en cuir (ceinture, sac) sont également proscrits. Il est interdit de manger ou de boire dans l’enceinte des temples.

Palitana ou Girnar Hill

Il serait dommage de ne pas visiter ces deux lieux de pèlerinage jaïns, mais s’il vous faut vraiment devoir choisir un des deux, Palitana emporte la palme haut la main pour la splendeur de ses temples et l’ambiance qui y règne aussi bien durant l’ascension qu’au sommet. Girnar Hill est plus jolie quant aux paysages et l’ascension est pour le coup plus sportive.

Hôtel à Palitana

Le choix est vite fait, puisque la ville ne compte que deux hôtels. J’ai pour ma part opté pour une chambre à 450 INR des plus basique, mais gigantesque, dans le moins cher, l’hôtel Shravak face à l’arrêt des bus.

Aller à Palitana

Depuis Diu : Il n’y a malheureusement pas de bus direct. Depuis Diu, il faut d’abord prendre un bus pour Tajala (5 à 6 par jours, 5 à 6 h), puis enchaîner à Tajala avec un bus pour Palitana (un toutes les heures, 1 h).

Depuis Ahmedabad : De nombreux bus directs (compter un toutes les heures). Le voyage prend environ 5 h.

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1. en Inde tout est possible

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Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.