Ternate, une île volcan au nord des Moluques

Quand on débarque pour la première fois dans une région du monde sans trop savoir où aller ensuite, on pourrait être tenté de débouler au milieu, pile-poil au barycentre. Sauf qu’aux Moluques, le plein milieu est dans l’océan, plouf ! C’est donc empreint d’un certain réalisme que j’optai pour Ternate (prononcer Ternaté), la grande ville du nord des Moluques, comme première étape de ce voyage en Indonésie.

Ces îles aux épices, dans ma tête, il me fallait forcément y arriver en bateau, et pas n’importe quel bateau, un Pelni, depuis Jakarta. Ternate est relativement éloignée de Java et de Jakarta (2400 km à vol d’oiseau), et comme toujours, l’avion n’est pas propice à prendre la mesure de cet éloignement.

Aux Moluques, le plein milieu est dans l’océan, plouf !

Jakarta-Ternate (ou Ambon), ça veut dire 4 à 5 jours sur les mers. Honnêtement, après ma traversée de 2 semaines Anvers-Cotonou en cargo il y a deux ans, j’avais déjà des étoiles dans les yeux à l’idée de passer quelques jours à bord d’un Pelni. Seulement voilà, ces 4 semaines de voyage sont déjà amputées par 3 jours de vol (aller-retour) sans compter les déplacements assez longs d’île en île. Il a fallu couper court, j’arriverais au sultanat de Ternate en avion.

Si je parle de sultanat, c’est bel et bien parce qu’il y a ici un sultan. Le poste est d’ailleurs a priori à pourvoir depuis 2015 ! Quant à savoir si j’y pense le matin en me rasant, je ne me rase qu’une fois par semaine, donc j’y pense modérément.

Après 36 heures d’un voyage fait d’une succession de vols et de dodos sur les banquettes des aéroports, finir par arriver revêt un certain côté euphorisant. Moi qui dis souvent ne pas aimer l’avion, car j’assimile ça à une sorte de téléportation qui annihile toute notion de distance, pour une fois, ce constat est un peu battu en brèche ! C’est peut-être aussi pour ça que j’ai opté pour un vol passant par Pékin qui n’est pas, au dire des oiseaux migrateurs, la route la plus directe qu’il soit.

Ternate la nuit

Paré de mes mauvaises habitudes, voilà que je digresse déjà. Revenons-en à nos moutons. À peine atterri, je descends de la passerelle à moitié amorphe et dégoulinant sous cette chaleur humide, mais heureux.

La fatigue aidant, mes yeux picotent un peu assis à l’arrière de l’ojek1moto taxi qui m’amène de l’aéroport en ville, mais il s’agit tout de même de ne pas s’endormir, ça ferait mauvaise figure. Pas trop de risques en fait, car je ne rate pas une image du spectacle qui défile devant moi. Aucun doute, à la vue du thermomètre, de l’hygromètre et du couvert végétal quelque peu abondant, l’avion semble avoir parcouru quelques hectomètres. L’équateur ne doit pas être loin.

Quelques sorry mister, full2désolé c’est complet plus tard, je finis par trouver une chambre composée du combo gagnant, à savoir un lit et un ventilo. Me voilà donc paré.

Première balade dans les rues de la ville et premiers constats :

  • Le volcan Gunung Gamalama fait son timide, se voilant derrière les nuages.
  • Je pense qu’ici, les gosses savent dire hello mister avant papa ou maman.

Dans les rues de Ternate

Le touriste se fait ici assez rare, et si les Moluques d’une manière générale ne sont pas très touristiques, la partie nord de l’archipel l’est encore moins. D’ailleurs en cinq jours, je n’en croiserai pas un seul. Il existe forcément une palanquée de lieux aussi peu visités en Indonésie, mais là clairement, on est hors des sentiers battus. Et comme il est rare, le visiteur que je suis attire d’autant plus la curiosité. Curiosité qui, matinée de la gentillesse des Indonésiens, produit un cocktail des plus plaisant et apaisant.

On me sert du hello mister à chaque coin de rue, et les rues comptant de nombreux coins et recoins, c’est un concert permanent.

Gunung Gamalama

Ternate a beau être la plus grosse ville du nord de l’archipel avec près de 200 000 habitants, ça n’est en fait qu’une île de 10 km sur 12. Et pour être même encore plus précis, cette île n’est qu’un volcan, le Gunung Gamalama, haut de 1721 m.

Tout semble d’ailleurs tourner autour de ce volcan. On imagine assez facilement que le jour où il décide de gronder, ça n’est pas forcément jour de fête. Les dernières éruptions remontent à 2014, 2012 et 2011. La signalétique pour le rappeler est omniprésente. Les consignes sont simples, si Gamalama rugit, ça n’est plus l’heure de répondre avec le sourire aux “hello mister”, mais celle de prendre ses jambes à son cou et de suivre les panneaux.

Panneau évacuation Gunung Gamalama

Mais comme le Gamalama n’aime pas la solitude, ses copains Gunung Kiematubu et Maitara ne sont pas très loin pour lui tenir compagnie. En fait, avec tous ces volcans, un jour peut-être, qui sait, les Auvergnats décideront d’immigrer ici en masse.

Autre constat, à Ternate, parfois, il pleut ! Les prévisions météo sont ici une farce. Concrètement, il est susceptible d’y pleuvoir à peu près n’importe quel jour, à n’importe quelle heure, quelle que soit la saison. La température éloigne vite toute impression de crachin irlandais, et c’est là que l’on réalise pleinement que toute cette verdure et cette nature exubérante sont bel et bien tombées du ciel.

Que faire à Ternate

Mais assez de blabla, on n’est pas non plus là pour rigoler. On est en vacances au bout du monde, et il convient forcément de ren-ta-bi-li-ser ça. Je me joins donc à l’injonction de faire plein de choses pour réussir un voyage.

Le marché de Ternate

Si vous avez le moral dans les chaussettes (après tout, même en voyage au bout du monde, ça arrive), rendez-vous au marché. À peine arrivé, voyant mon appareil photo pendant à l’épaule, de nombreuses femmes m’ont interpellé pour que je leur tire le portrait. Je vous laisse juger par vous-même, mais la confrontation ne fut pas trop stressante, si ce n’est pour mes zygomatiques !

Marché de Ternate

Marché de Ternate

Marché de Ternate

Marché de Ternate

Marché de Ternate

Les volcans

Concernant les volcans, il y a deux sectes :

  • Ceux qui, assis dans leur canapé, c’était dit avant de partir que la vue depuis le sommet valait assurément le coup de se lever aux aurores, et moyennant quelques efforts, aller tout là-haut, à plus de 1700 m.
  • Ceux qui s’étaient dit exactement la même chose, assis d’ailleurs dans le même canapé, mais qui une fois sur place constatent qu’ils ne sont peut-être pas hygrocompatibles.

Qu’est-ce que l’hygrocompatibilité ? Vous êtes hygrocompatibles si vous êtes capables par 30 °C et 90 % d’humidité de monter de 100 m sans vous transformer en fontaine ambulante. Quand Jésus transformait l’eau en vin, les hygroincompatibles transforment eux leur corps en eau. Afin de lever tout de suite le suspens latent, en plus d’être un peu feignant, je suis hygroincompatible. J’en ai donc conclu qu’admirer ces volcans d’en bas, avec leurs volutes de fumée entourant leur sommet, tel un cigare, c’était pas mal non plus.

La vue sur Pulau Maitara depuis Ngade sera d’ailleurs chez moi la cause d’une perte de motricité d’une bonne heure, assis là, par terre, à m’extasier devant le paysage.

Pulau Tidore et pulau Maitara depuis Ngade
Pulau Tidore et Pulau Maitara depuis Ngade
Coucher de soleil sur Tidore
Coucher de soleil sur Tidore.

Danau Laguna

Marre de la mer et des volcans ? À Ngade, Danau Laguna est assez plaisant. On y trouve un petit village en bordure d’un lac au milieu d’une végétation luxuriante. Il est même prévu, paraît-il, d’y développer la pêche (là, on a perdu Mitcha et Jac, alias Travelers and Fish, qui cherchent déjà un vol Agde-Ngade).

Danau Laguna

Tidore

Si Ternate est un peu trop tumultueuse à vos oreilles, Tidore, la belle endormie, devrait vous ravir. Une courte virée en speed boat depuis le port de Bastiong et vous voilà au calme. Arrivé à Rum, le nombre de motos a fondu comme neige sous la mousson. Les hello mister sont par contre toujours au rendez-vous, assortis parfois d’un bule bule (prononcer bulé) sorti de la bouche de quelques gamins. Un bule, c’est un étranger blanc, un peu comme un toubabou au Burkina ou un yovo au Bénin.

Pulau Tidore
Pulau Tidore
Benteng Tahula
Benteng Tahula sur pulau Tidore

De-ci de-là

Comme à mon habitude, il est juste plaisant de se balader de-ci de-là. De poser son séant ici, avant de faire quelque pas et de le reposer là. Vous croiserez des forts (Benteng Tolukko et Benteng Kalamata), d’anciennes demeures coloniales et des bateaux, encore des bateaux. Évidemment, sous cette chaleur des plus humide, on mouille un peu le maillot, mais on n’a encore pas trouvé mieux pour profiter pleinement d’un lieu et y rencontrer du monde.

Ternate

Ternate

C’est également à déambuler ainsi que je tombe nez à nez avec le côté obscur de cette ville. Car oui, Ternate a un côté obscur, j’ai nommé les yachts. Ces yachts dont les propriétaires peu scrupuleux sont adeptes de l’exil fiscal semblent avoir choisi de mouiller ici, en toute discrétion. Et ils ont poussé l’art de la discrétion jusqu’à opter pour une sorte de tenue de camouflage.

Cargo poubelle Ternate
Sans aucun doute, un yacht luxueux se cache dessous !

Trois petits tours et puis s’en va

Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Ces cinq journées ont passé bien plus vite que prévu et repousser le départ n’est pas vraiment possible. Le Dorolonda lève l’ancre au petit matin. Le prochain Pelni pour Ambon n’est que dans une semaine, il faut donc partir.

Mais pour qui souhaite réellement visiter le nord des Moluques, une dizaine de jours serait un minimum. Ça permettrait d’aller également sur l’île principale d’Halmahera que je n’ai absolument pas eu le temps d’explorer.

J’ignore comment on appelle les habitants de Ternate, mais chers Ternatois, vous m’avez accueilli comme un prince, je ne l’oublierai pas !

Une anecdote à ce sujet. Un jour, assis au coin d’une rue, je me hasardais à une mini conversation en bahasa indonesia avec les 3-4 personnes présentes. Dans l’enthousiasme, j’en ai perdu mes lunettes de soleil, tombées de ma poche. Quelques instants plus tard, une de ces personnes les a trouvées par terre, et sachant où je logeais les a ramenées à la réception de mon hôtel. Évidemment, je ne m’étais absolument pas rendu compte les avoir égarées.

Port Pelni Ternate
Le Dorolonda a largé les amarres. Direction Ambon.
Port Pelni Ternate
Le soleil se lève sur Gamalama et le Dorolonda quitte le port de Ternate.

Infos pratiques

Quand visiter Ternate

En ce qui concerne la météo, les courbes statistiques affichent une légère accalmie des pluies de juillet à octobre, mais ça n’est paraît-il pas flagrant. Donc pour visiter cette région, peu importe la saison. Sauf à avoir un emploi du temps surchargé (quelle drôle d’idée), les averses, parfois nombreuses, ne sont en fait pas si gênantes que ça.

Comment aller à Ternate

Pour rejoindre une île, je vous le donne en cent, il n’y a que deux solutions, les airs ou les eaux :

  • Par les eaux, il y a des Pelni depuis Jakarta (Tanjunk Priok), Surabaya (Tanjunk Perak), Makassa, Manado (Bitung) ou Ambon. Les horaires ne sont pas disponibles plus d’un mois à l’avance sur le site Pelni, mais les rotations des différents navires sont à peu près régulières, le plus souvent chaque 2 semaines pour un même navire.
  • Par les airs, on trouve de nombreux vols depuis Jakarta, Makassar ou encore Ambon.

Hôtels à Ternate

Dénicher une chambre bon marché n’est pas forcément chose facile. Ce ne sont pas les touristes peu nombreux qui les occupent, mais le fait est que l’offre semble inférieure à la demande locale. On trouve un certain nombre d’hôtels le long de Jl Pahlawan Revolusi. Je logeais à l’hôtel El Shinta dans une chambre à 150 000 Rp. Rien d’exceptionnel, mais tout à fait correct pour le prix.

Activées

Bien que ça ne soit pas l’attraction première, on trouve aussi sur l’île des plages ainsi que la possibilité d’aller faire de la plongée. Comme toujours pour cette partie de l’Indonésie, le site East-Indonesia est une mine d’informations.

Idiome et langue du cru

Quelle langue parle-t-on dans ici ? Pour ainsi dire jamais l’anglais, mais le bahasa indonesia. Et ne vous plaignez pas trop, car avant l’émergence de cette langue parlée aujourd’hui pour ainsi dire par tous les Indonésiens, on parlait sur l’île de Tidore une langue différente de celle de Ternate. Tidore n’est pourtant qu’à 2 km !

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1. moto taxi
2. désolé c’est complet
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.

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