Tourfan, l’oasis aux portes du désert du Taklamakan

Turpan, Turfan, Tourfan, la translittération du chinois au français, c’est un peu toujours la fête du slip. C’est à en perdre son latin et son français. Avec un peu de chance, on garde tout de même son slip, mais ça reste le plus souvent… du petit chinois ! Située au nord du désert du Taklamakan au creux d’une dépression à 150 m sous le niveau de la mer, l’oasis de Tourfan est donc assez logiquement la région la plus chaude de toute la Chine. Tourfan, ce sont mes premiers pas en terre chinoise et en pays ouïghour. Après plus d’une semaine de train depuis Paris, j’ai donc hâte.

Avec trois translittérations différentes, vient immanquablement le problème de la prononciation. Comme on pouvait s’y attendre, la bonne version, c’est un peu un mélange des trois. On ondule de la voix, on fait quelques grimaces sans trop savoir si ça sera ou non bénéfique, on scrute la vendeuse de billets à la gare routière. A-t-elle bien compris ? Le chinois étant une langue tonale, un ton mal posé peut rendre votre interlocutrice parfois assez perplexe. Léger haussement de sourcils à la première tentative, la seconde sera la bonne. J’ai dû poser le trémolo là où il fallait, car la vendeuse me gratifie d’un grand sourire et d’un billet pour 吐魯番.

La translittération du chinois au français, c’est un peu toujours la fête du slip

Mais rembobinons l’histoire à son début. Quelques instants plus tôt, je descendais du train Astan-Ürümqi. Il pleut et fait plutôt frais à Ürümqi et les abords de la gare ont franchement des airs de camp retranché. Des policiers et des checkpoints partout, des barricades à n’en plus finir, on s’interroge. La ville a connu quelques attentats et les autorités prennent ça très au sérieux. Toute la région du Xinjiang connaît régulièrement des tensions. Cette région, peuplée historiquement de Ouïghours se voit peu à peu en quelque sorte colonisée par les Hans (l’ethnie majoritaire en Chine) et les Ouïghours voient par la même occasion leurs spécificités culturelles quelque peu écrasées. Ils restent aujourd’hui majoritaires au Xinjiang, mais sans doute plus pour très longtemps.

Bref, quand on débarque à Ürümqi, on ne se sent pas forcément le bienvenu. La ville a des allures de pas grand-chose. Je trace donc rapidement vers la gare routière pour embarquer à bord d’un bus en partance pour Tourfan. Voilà donc comment je me suis retrouvé devant ma vendeuse de billets.

C’est mon premier contact avec la Chine. Le nez devant une carte, ces régions coincées tout là-haut à gauche de la carte ont un peu des allures de coin paumé. On s’imagine que le rouleau compresseur chinois n’est encore pas arrivé là-haut. Un rouleau compresseur, c’est un engin efficace, mais en terme de rapidité, ça n’est pas non plus une formule 1. Il est en route, il arrive, mais… Bah si, il est arrivé, et au sens propre du terme ! Le bus qui relie Ürümqi à Tourfan glisse sur une autoroute flambant neuve, un beau tapis lisse de chez lisse. Pour la chevauchée fantastique dans Far West chinois, il faudra repasser.

Les environs de Tourfan

À peine arrivé, on me propose un tour organisé avec cinq Chinois. Au programme, les ruines de Jiāohé, Tuyoq, les grottes de Bezeklik, les montagnes flamboyantes, les vignobles et je ne sais plus trop quoi d’autre. Les tours organisés, ce n’est franchement pas ma tasse de thé, mais visiter les alentours par ses propres moyens demande un peu plus d’efforts pour s’y rendre. Je cède à la facilité, je signe pour le lendemain, grave erreur.

Le singe de la légende des monts flamboyants au grottes de Bezeklik
Le singe de la légende des monts flamboyants aux grottes de Bezeklik
Paysage depuis les grottes de Bezeklik
Paysage depuis les grottes de Bezeklik

Mes compagnons chinois sont très souriants et un peu amusés de me voir là (le tourisme en Chine, c’est pour ainsi dire 99 % de Chinois). Donc rien à leur reprocher de ce côté-là, mais ce sont des Chinois, et pour faire court, le tourisme à la mode chinoise, c’est visite au pas de course. On va à l’essentiel, le but principal semble être parfois davantage le selfie ou la photo de groupe devant le panneau d’entrée que la visite elle-même. Pour arranger le tout, le temps est tout grisouille et il tombe même quelques gouttes, un comble, car à Tourfan, nous sommes aux portes du désert et il n’y pleut que très rarement.

Je me suis donc un peu auto flagellé en me répétant “m’enfin Lolo, t’es le roi des cons, tu sais pourtant bien que les tours organisés comme ça, tu n’y arrives pas”. Toujours est-il qu’au rythme où ça va, je n’ai pas le loisir de voir grand-chose, et je n’ai que trop peu de temps pour prendre des photos. Au fond, le ciel bas, c’est pour me consoler, car de toute façon, prendre de belles photos avec cette lumière, ça n’est pas vraiment gagné. Au moins, je suis corrigé pour la suite du voyage, fini les options feignant !

Retour en ville

À Tourfan, le centre-ville est une succession de grandes et larges avenues doublées de pistes cyclables, le tout ombragé sous une allée d’arbres. Bien peu de vélos sur ces pistes cyclables, mais une palanquée de scooters et autre mini-moto quasiment tous électriques. La région du Xinjinag, ainsi que celle du Gansu sont les eldorados de l’éolien chinois. Une région désertique balayée par des vents puissants la majeure partie de l’année, on peut difficilement rêver mieux. Résultat, les motos pétaradantes sont ici une chose du passé. On n’en voit pour ainsi dire plus aucune. La fée électricité a tout envahit.

À la vue de cet urbanisme galopant, on comprend rapidement que cette méthode qui consiste à raser des quartiers entiers pour reconstruire est diablement efficace. Au détour d’une avenue, on trouve tout de même quelques ruelles recouvertes de vigne plutôt paisible. L’oasis est en effet également une région viticole. Fait-on du bon vin à Tourfan, je n’en ai pas la moindre idée, mais on y mange par contre de très bons raisins secs.

Rue Qingnian Zhong Lu
La rue Qingnian Zhong Lu à l’ombre des vignes

Le minaret d’Emin

Le centre de Tourfan n’est donc pas forcément des plus passionnant. Il faut se rendre dans les quartiers un peu plus périphériques pour goûter à quelque chose de plus authentique.

Rien de mieux pour ça qu’une balade à pied jusqu’au minaret d’Emin, situé à trois petits kilomètres du centre-ville. Ici, on y croise des Ouïghours. En ville, chacun vaque à son business, un peu comme chez nous, mais ici, l’œil se fait à nouveau plus curieux.

Anciens quartiers de Tourfan

Les gosses accourent, les parents sourient, et au bout du chemin, le minaret pointe du nez au milieu des vignes. Je vous dispense du cours d’histoire complet à son sujet, mais sachez tout de même que ce minaret construit en briques et haut de 44 m est le plus haut de toute la Chine. Aux pieds du minaret et de la mosquée, des vignes, au loin des montagnes. L’endroit se prête à la flânerie.

Tourfan, la vieille ville

Le proriétaire est absent mais vous prie de patienter confortablement ;-)
Le propriétaire est absent, mais vous prie de patienter confortablement 😉

Porte d'une maison traditionnelle de Tourfan

Minaret d'Emin à Tourfan

Des vignes et un minaret
Des vignes et un minaret

À Tourfan, le temps tu remonteras

Pour conclure, un message d’espoir pour tous les parents en bute à des enfants capricieux. Visiblement, certains enfants en Chine le sont tout autant, au point de provoquer chez leur mamie certains comportements étranges. À Tourfan, quand les mamies promènent leurs petits enfants, elles remontent le temps ! Pas toutes, mais celle-ci, assurément oui !

Conseils pratiques

Visites autour de Tourfan

  • Je ne saurais que trop vous déconseiller les visites organisées des environs de Tourfan, à moins qu’enchaîner les sites à un rythme soutenu soit dans vos cordes. Compter 100 ¥ par personnes pour une journée entière (9 h — 17 h) en minibus. Il convient bien entendu d’ajouter à ça les droits d’entrée de chaque site. Bref, ça sera plus long et plus compliqué, mais essayez de vous débrouiller autrement, avec les transports locaux ou encore le stop.
  • Dans les sites à ne pas rater, Tuyoq vaut le détour. Mes compagnons de minibus n’étaient pas intéressés, donc nous n’avons fait que passer, mais c’est un village traditionnel ouïghour plutôt mignon.
  • Les ruines de Jiāohé sont également intéressantes. Comme tous les sites touristiques en Chine, y aller de préférence tôt et surtout pas le dimanche, à moins que les foules de touristes chinois soient votre tasse de thé.

La culture ouïgoure

Où loger à Tourfan

  • J’ai logé dans un hôtel à 200 m de la gare routière. Plus aucun souvenir du nom (sinon, ça serait trop simple). À 100 ¥ la chambre, même si ça n’est pas forcément bon marché, l’avenir me dira qu’à moins de pas mal batailler, trouver un hôtel qui accepte les étrangers à un prix inférieur ne va pas de soi. Pour le trouver, en quittant la gare routière, tournez à droite (vers l’est). Après environ 200 m, c’est au 3e étage d’un grand bâtiment situé sur la droite qui comprend des commerces et un petit parking devant.

 

Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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