Un voyage en train à travers l’Europe de Paris jusqu’en Ukraine à Odessa

Paris-Bakou, 3810 km à vol d’oiseau, seulement voilà, j’ai décidé cette fois de ne pas voler. À pas de taupe, ça ne change pas grand-chose à l’histoire, toujours 3810 km, tout droit, au plus court. Mais je maîtrise mal l’art du tunnelier. Il a donc fallu se résoudre à quelques détours à suivre les rubans de métal que les hommes ont bien voulu dérouler. Une première étape en train de Paris jusqu’en Ukraine à Odessa. Le récit d’un voyage ferroviaire de trois jours, tel est le menu de ce premier billet. Cerise sur le gâteau, je me suis fendu en fin d’article des moult détails pour organiser un tel voyage en train à travers l’Europe.

J’aurais pu marcher ou encore pédaler à travers les mille et une routes qui sillonnent l’Europe. Toutes ne mènent pas à Rome, certaines mènent à Bakou. Mais bien que n’étant pas excessivement pressé, le temps m’est tout de même compté. Et puis voyez-vous, les longs voyages en train, ça frôle chez moi parfois l’obsession. Ça me rappelle également cette fois où j’étais allé à Moscou, puis de Moscou à la Chine en train.

Un mois avant le départ, quelques soirées d’une fièvre organisationnelle qui m’est habituellement assez étrangère et s’en est fait, mon itinéraire en train en Europe est tracé. Au départ de Paris, je passerai donc par Zurich, Vienne, Budapest, Tchop pour finir au bout des voies au bord de la mer Noire à Odessa en Ukraine.

En voici le tracé approximatif puisque cette carte montre en fait un itinéraire routier.

Paris-Budapest en train

Paris, gare de Lyon, vendredi, 18 h 23, je monte à bord du TGV Paris-Zurich. Assise en face de moi, une Suissesse à la beauté glaciale, enchannellisée et vuittonisée de la tête aux pieds. Ce concept de payer une fortune pour être autorisé à faire de la pub pour une marque m’amuse décidément toujours autant.

Zurich
Zurich au petit matin

Après une nuit dans un dortoir zurichois et un café un peu salé (le prix, pas le café) en gare de Zurich, samedi, 10 h 40, le Railjet démarre. Cette partie du voyage de Zurich à Innsbruck avant de continuer vers Vienne et Budapest est censée être la plus jolie de tout ce voyage en train à travers l’Europe.

Je suis donc au taquet, accroché à mon siège contre la fenêtre et bien entendu, comme il se doit, assis du bon côté pour en profiter un maximum. Vous pouvez toujours essayer de m’en déloger, c’est peine perdue. Anarchy in Swizterland ! En fait, ma place est réservée, donc je doute que nos amis suisses, bien connus pour leurs bonnes manières, ne me causent le moindre tracas.

Le Railjet longe dans un premier temps le lac de Zurich. De l’eau, des montagnes, des belles baraques, la Suisse comme on l’imagine, c’est splendide. Mais ce voyage en train de fait que commencer. Ce qui arrive ensuite est d’un tout autre calibre.

Lac de Zurich

Le Liechtenstein

Retour en arrière voulez-vous. Alors que je vous parlais du choix d’un itinéraire pour un tour du monde, je glissais dans la liste de pays que tout un chacun rêvait de visiter lors de ce fameux tour du monde le Liechtenstein. Concluant que par ce qui est sans doute la plus grande des injustices, pour ainsi dire tout le monde finissait par sortir ce pays de cette liste magique. C’était devenu depuis lors une sorte de gag à répétition, un truc qui n’a ni queue ni tête, assimiler le Liechtenstein au Graal de tout voyageur.

J’ai fait le Liechtenstein, dans son intégralité, d’ouest en est et sans escale

Mais tout vient à point à qui sait attendre, et voilà qu’en ce samedi 26 mai de l’an 2018, je suis en passe de réaliser ce rêve. Après Mike Horn qui a fait le tour de la Terre en solitaire en suivant la ligne de l’Équateur en 16 mois, après Sonia et Alexandre Poussin qui ont traversé l’Afrique à pied en trois ans et trois mois, je m’apprête à traverser le Liechtenstein en approximativement 9 min 22 s. Un voyage en train de 9,5 km aux confins du réel. Un choc émotionnel que bien peu ont eu la chance de vivre ne serait-ce qu’une fois dans leur vie, j’ai fait le Liechtenstein, dans son intégralité, d’ouest en est et sans escale !

Mais laissons les mots de côté, place à l’image. Cette herbe à gauche du Rhin, c’est de l’herbe liechtensteinoise. Vous en conviendrez, c’est un autre monde n’est-ce pas ?

Liechtenstein

Le col d’Arlberg

Des années de non-pratique de la méditation transcendantale me permettent de recouvrer tant bien que mal mes esprits. Nous sommes maintenant en Autriche, dans le Tyrol, en direction d’Innsbruck. Le Railjet monte, monte, monte, et pour cause, le col d’Arlberg et ses 1311 m sont de la partie.

À la vue des paysages qui défilent devant mes yeux, j’espère secrètement que la contrôleuse ne va pas débarquer, sans quoi, à moins d’être dans un tunnel, j’ai décidé de purement et simplement la snober, l’ignorer souverainement, en bloc. Mais la contrôleuse a eu la délicatesse de ne pas interrompre cet enchantement.

Après quoi, les gares s’enchaînent, Innsbruck, Salzbourg, Linz, Vienne, jusqu’au terminus à Budapest. Deux petits kilomètres à pied à travers la ville jusqu’à un nouveau dortoir qui m’attend pour la nuit, et demain, un autre train, toujours plus à l’est.

Railjet Zurich-Budapest

Gare de Linz

Gare de Vienne

Direction l’Ukraine, Budapest-Odessa

Au petit matin, alors que j’annonce à la réception de l’auberge de jeunesse qu’à peine arrivé à Budapest, je lève déjà les voiles, on me regarde un peu étrangement. On a raison, ne passer qu’une nuit tel un voleur à Budapest, c’est indécent. Je garde un excellent souvenir de cette ville qui m’avait tapé dans l’œil il y a 18 ans. C’était alors le début de mon année voyageuse en train et en bus vers l’Inde. La ville a dû quelque peu changer depuis. Moi, en revanche, je n’ai pas changé. Je suis toujours ce jeune homme chevelu fringant et curieux que j’étais en ce début de XXIe siècle.

Gare de Budapest
Gare Nyugati à Budapest

Dimanche, 8 h 28, pas de tchou-tchou, mais un peu de tacatac. Le train qui me mène jusqu’à Zahony, à la frontière avec l’Ukraine n’est plus tout à fait au standard de confort du Railjet autrichien. Mais je ne suis pas non plus vraiment là pour m’assoupir dans un fauteuil.

La campagne hongroise est des plus verdoyante, comme savent l’être bien des campagnes de notre chère Europe. Au fur et à mesure que nous nous rapprochons de Zahony à la frontière avec l’Ukraine, ce train s’avère être de plus en plus fébrile. En quittant la gare de Budapest, il avançait fièrement, sûr de son fait. Mais maintenant, malgré les wagons pour ainsi dire vides, il semble louvoyer, marquant un arrêt dans absolument toutes les gares, soit tous les 5 km, voire moins.

Éoliennes dans la campagne hongroise

Train Budapest-Zahony

Train Budapest-Zahony

De Tchop en Odessa en passant par Lviv

À Tchop, pour le prix d’un café à la gare de Zurich, on vous servira suffisamment de bières pour finir rampant sous les tables. Mon train pour Odessa ne part que ce soir. Ayant décidé de ne pas endosser le rôle du pochtron, j’ai donc quelques heures à tuer dans ces rues pour ainsi dire désertes. On ne peut pas dire que la bourgade respire la vie. La gare à l’allure démesurée me laisse assez perplexe. Je me dis que l’on devait aimer voir les choses en grand du temps de l’URSS.

Gare de Tchop

Toujours pour un prix comparable à celui de ce café à nul autre pareil en gare de Zurich, j’ai en poche un billet Tchop-Odessa en 3e classe (platskart), un voyage de près de 1000 km.

Le train est pour ainsi dire vide avec tout au plus une douzaine de passagers dans mon wagon. Bercé au son du tacatac, je m’endors rapidement. Quand je me réveille au petit matin, le wagon est plein. Une jambe qui dépasse par ici, une paire de tongs qui traîne par là. Je me faufile le plus discrètement possible jusqu’aux toilettes.

Train Ukraine en platskart

Le train traverse le plus souvent une forêt faite d’arbre plus ou moins rabougri. Le grenier à blé de l’Ukraine n’est assurément pas ici.

Après pour ainsi dire 3000 km et trois jours de voyage depuis Paris, j’arrive à Odessa sous un soleil rayonnant. Odessa, je ne sais pas vraiment pourquoi, mais ce nom sonne assez magiquement à mon oreille. Devant moi, deux petites journées pour trouver la réponse. Après quoi le voyage se poursuivra jusqu’à Batumi en Géorgie, en bateau à travers la mer Noire.

Gare d’Odessa
Gare d’Odessa

Infos pratiques

Train Paris-Odessa

Pour rejoindre Odessa en train depuis Paris, les options sont multiples. Pour résumer rapidement, il y a deux grands axes :

  • Un itinéraire nord via Berlin, Varsovie, Kiev puis Odessa. De Paris à Varsovie, il est possible de prendre le train direct Paris-Moscou, mais uniquement les jeudis soir. Sinon, il faudra changer à Berlin. On peut glisser bien entendu des variantes, à savoir depuis Varsovie, rejoindre Cracovie puis Lviv avant de gagner Odessa sans passer cette fois-ci par Kiev.
  • Un itinéraire qui va de Paris à Budapest via Stuttgart, Munich et Vienne. Ensuite depuis Budapest, on gagne la frontière ukrainienne à Zahony/Tchop avant de poursuivre jusqu’à Odessa. Une variante possible est depuis Paris de passer par Zurich, c’est celle que je choisirai.

Évidemment, ces itinéraires restent valables pour aller en train de Paris à Kiev.

Pour toutes les informations pratiques quant à ces différentes options, vous trouverez tout ça chez Seat61, la référence pour tous les voyages en train en Europe. Rome2Rio est assez sympa également pour trouver des itinéraires qui s’affichent sur une carte. On trouve également les horaires des trains n’importe où en Europe sur le site de la Deutsche Bahn.

Pour ma part, je me contenterai ici de vous donner les détails pratiques pour acheter les billets de mon itinéraire Paris-Zurich-Budapest-Zahony-Tchop-Odessa.

Pourquoi le choix de cet itinéraire ? Parce qu’il passe par le Liechtenstein, pardi ! Vous allez rire, mais j’ai trouvé ça tellement drôle, que clairement, ça a penché dans la balance. Mais l’argument le plus convaincant est que le tronçon de Zurich jusqu’à Innsbruck fait partie des plus beaux trajets en train en Europe. Je n’allais tout de même pas passer à côté de ça.

Comment acheter ses billets et combien ça coûte

Pour ceux qui penseraient que prendre le train est une très bonne solution pour faire des économies, vous allez être déçu. Ce Paris-Odessa me coûtera 161 €. Donc non, ça n’est pas moins cher que de prendre l’avion. On peut toutefois faire baisser la note autour de 100 € en réservant ces billets plus tôt. Mais voyager ainsi en train à travers l’Europe est un voyage en soi (la raison principale de mon choix), et accessoirement, c’est meilleur pour la planète.

Paris-Zurich

TGV Lyria au départ de Paris gare de Lyon à 18 h 23, arrivée à Zurich HB à 22 h 26. Les prix commencent à 29 € suivant le jour et l’heure et en achetant son billet longtemps à l’avance. Pour ma part, j’ai payé mon billet 54 € en l’achetant un mois à l’avance pour le TGV du vendredi soir, directement sur le site de la SNCF.

Zurich-Budapest

Railjet au départ de la gare de Zurich HB à 10 h 40 et arrivée à Budapest Keleti à 21 h 19. Le Railjet est un train autrichien. On peut acheter son billet sur le site de la SBB (chemins de fer suisses), mais il vous en coûtera moins cher sur le site de la ÖBB (chemins de fer autrichiens). Il est par contre impossible d’acheter un billet Zurich-Budapest sur le site de la ÖBB. Visiblement, il faut que votre voyage commence ou se termine en Autriche, sinon impossible d’acheter le billet en ligne. L’astuce consiste donc à acheter sur le site de la ÖBB un premier billet Zurich-Vienne (à partir de 29 €) puis un billet Vienne-Budapest (à partir de 19 €). Si l’on veut réserver un siège, c’est un supplément de 3 € par billet. Dans mon cas, en achetant mes billets un mois à l’avance, le tout m’a coûté 84 €.

Vous pouvez vérifier les prix avec un combiné Zurich-Salzbourg puis Salzbourg-Budapest ou encore Zurich-Innsbruck puis Innsbruck-Budapest et voir si c’est éventuellement moins cher.

Réserver une place permet d’être certain d’être assis du bon côté pour profiter pleinement des paysages. En partant de Zurich, il faut réserver une place à gauche dans le sens de la marche. Le train change de direction à Buchs, juste avant le Liechtenstein. Donc si l’on effectue le trajet en sens inverse depuis Budapest, il faut également réserver une place à gauche dans le sens de la marche. Et comme on choisit sa place lors de la réservation en ligne, il est très simple de réserver la même pour les deux billets afin de ne pas avoir à changer de place durant le voyage.

Vous imprimez ensuite vous-même vos billets et le tour est joué. Aucun problème pour manger à bord du Railjet. Le wagon-restaurant sert des plats pour environ 10 €.

Il y a le WiFi gratuit à bord du Railjet.

Paris-Budapest, alternative en train de nuit

Voici une alternative pour les plus pressés, ou pour ceux qui veulent juste aller à Budapest en train. En prenant un TGV Lyria à 16 h 23 à Paris gare de Lyon qui arrive à Zurich à 20 h 26, on peut ensuite enchaîner à 21 h 40 avec le Nightjet. On arrive ainsi à Budapest à 9 h 24. Ça permet d’économiser une nuit à Zurich, mais ça veut dire aussi passer à côté des magnifiques paysages du col d’Arlberg en Railjet.

Budapest-Zahony

Départ à 8 h 28 de Budapest Nyugati, arrivée à Zahony à 13 h 57. J’ai acheté mon billet en ligne sur le site de la MÀV (chemins de fer hongrois) pour environ 15 €. C’est un billet sans réservation de place (placement libre). Normalement, on imprime soit même son billet, mais il peut arriver pour certains trains qu’il faille le retirer dans un distributeur en gare de Budapest.

Il y a le WiFi gratuit à bord de ce train.

Zahony-Tchop

Départ à 14 h 37, arrivée à Tchop à 15 h 55. Non, le train ne met pas plus d’une heure pour parcourir les quelques kilomètres. C’est juste que l’Ukraine n’est pas à la même heure que la Hongrie ! Ce billet s’achète en gare de Zahony pour 2 €.

Tchop-Odessa

Départ de Tchop à 20 h 35, arrivée à Odessa le lendemain à 14 h 48. Le billet s’achète en ligne sur le site Ukrzaliznytsia (chemins de fer ukrainiens). J’ai payé mon billet en 3e classe un peu plus de 6 €. En 2de classe, le billet est à 10 € et 24 € en 1ere. En 3e classe, les wagons n’ont pas de compartiment (voir photo dans l’article). En 2de, ce sont des compartiments de 4 couchettes qui ferment. En 1re classe, ce sont des compartiments de 2 couchettes. Dans toutes les classes, les draps et oreillers sont fournis. Personnellement, je préfère la 3e classe, car je me trouve trop enfermé dans un compartiment en 2de.

Petite précision pour la réservation, en anglais Tchop devient Chop. Là encore, on paye son billet en ligne et on l’imprime ensuite soi-même.

Lors de la réservation, les numéros impairs correspondent aux couchettes du bas et les numéros pairs aux couchettes du haut. À noter également qu’en 3e classe, les couchettes qui sont en longueur sur le côté du wagon ont des lits moins longs. Il est préférable de choisir une couchette en bas, car vous en disposez également pour vous asseoir lorsque vous ne voulez plus dormir. On met ses bagages dans un coffre qui se trouve sous la couchette, de sorte qu’il est impossible de l’ouvrir quand on est dessus. Les bagages sont en sécurité durant votre sommeil. Aucun risque de vol.

Il n’y a pas de voiture-restaurant à bord. Pour manger, prévoir donc son casse-croûte.

Autre solution depuis Budapest

Un train de nuit ukrainien relie Budapest à Kiev via Lviv. Il vient même de Vienne en fait. Mais il vous faudra pour cela arriver plus tôt à Budapest, car il part à 19 h 40.

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Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.