Une visite de Sète, mon nouveau chez-moi

Tu sais peut-être, ou peut-être pas qu’il y a six mois, mon nid douillet s’est rapproché de l’équateur. Bye bye Paris, coucou Sète. Cet article qui sort un peu du lot ne parle donc pas de voyage, mais de ma migration en terres sétoises. Comme je suis maintenant on ne peut mieux installé, tu n’auras pas à m’aider à vider les cartons. Mais en tant qu’hôte de choix, tu auras droit à une visite de ma nouvelle ville d’adoption. Tu comprendras alors peut-être mieux pourquoi je suis arrivé ici un beau matin de juin.

Ça aurait pu être un 7 juillet (un 07/07 à Sète), mais ce fut un 10 juin, le 10 juin de l’an 2020 que j’emménageai à Sète. Un siècle plus tôt, j’eus emménagé à Cette, comme quoi ça c’est joué à vraiment pas grand-chose. Mais il fut décidé en 1927 que grand Dieu, un pronom aussi banal, ça n’était pas du tout à la hauteur de la Venise du Languedoc et Cette devint Sète.

L’ex-Parisien d’adoption que j’étais (j’y habitais depuis 2001) a donc quitté son boulot d’ingénieur en microélectronique, mis ses cliques et ses claques dans des cartons, direction le Sud. Ce choix ne fut nullement un coup de tête post-déconfinement saison 1. C’était prévu de longue date. Mais je dois bien reconnaître qu’il tombe fort à propos avec ce satané virus couronné.

Sète n’était pas non plus la destination de choix à la naissance de ce projet de transbahutage. J’y étais passé brièvement il y a quelques années pour embarquer à bord du ferry Sète-Tanger, mais m’y établir ne figurait pas vraiment au programme. Mais un lobbying tout aussi bienveillant qu’efficace d’une invitée mystère qui se reconnaîtra y a grandement participé, pour mon plus grand bonheur.

Paris c’était chouette, je m’y suis énormément plu, mais l’heure était venue d’aller voir ailleurs.

Une fois les cartons vidés, j’avais bien prévu d’aller traîner mes espadrilles dans un pays peuplé entre autres d’érables et de caribous. Mais sans trop savoir qui du douanier des arbres ou des cervidés fut le plus bourru, une fois l’indélicat virus couronné venu, sa frontière point du tout ouvrir il ne voulut.

Le Sétois a pour réputation d’être très casanier, et pardi, pourquoi voudrait-il aller ailleurs ? Dans un souci d’intégration, le néo-Sétois que je suis n’a donc pas quitté l’île singulière1 de tout l’été et guère plus depuis.

Sète est à n’en pas douter la plus belle ville au monde !

Alors quand bien même je n’ai pas pu traverser l’Atlantique (même pas en pédalo), je serais tout de même des plus ingrat de me plaindre. D’aucuns te diront qu’il n’est de meilleur endroit que Sète pour passer son été. D’aucuns est certes parfois Sétois, mais il n’en reste pas moins que Sète est à n’en pas douter la plus belle ville au monde !

Tout étant dit, j’aurais pu en rester là. Point, on n’en parle plus. Mais comme je suis tout de même quelqu’un qui peut être à ses heures perdues vaguement sympa, je me suis dit que j’allais en profiter pour t’emmener avec moi pour une petite visite de Sète.

Visite Sète avec moi

Des Venise de Trifouilly-les-Oies ou de Pétaouchnock, ça ne manque pas, mais soit dit entre nous, hors de Venise la Sérénissime, il n’en existe qu’une autre et une seule, j’ai nommé la Venise du Languedoc. Tu noteras que je ne ménage pas ma peine pour m’intégrer sans aucun chauvinisme aucun, jamais. Et d’ailleurs, depuis le mois d’août, c’est carnaval tous les jours à Sète, puisqu’il est devenu obligatoire d’y sortir masqué.

Panneau direction pointe courte

Alors suis-moi, viens donc barouler2 avec moi dans les rues de Sète.

Pour que tu ne sois pas complètement perdu, voici l’itinéraire de cette visite.

Le Rio Tagus

Tu arriveras à Sète par sa gare. Au sortir de la gare, tu découvriras peut-être que le pont essaye plus ou moins de se faire la malle. Deux à quatre fois par jour, de nombreux ponts qui enjambent les canaux de la ville tournent ou se soulèvent pour laisser passer les voiliers.

Gare de Sete

Une fois franchi le canal, tu tomberas rapidement le long de l’avenue Victor Hugo nez à nez avec le théâtre Molière. Si tu t’arrêtes un peu trop longtemps, nul doute que la rumeur va se propager chez les goélands qui te surveillent depuis les toits :« hé les copains, y a un nouveau ».

Theatre Moliere

Avant de poursuivre vers le centre, je ne saurais que trop te conseiller de commencer, en guise de hors-d’œuvre, par un petit détour via l’épave du Rio Tagus amarré le long du quai Paul Riquet.

Rio Tagus

Rio Tagus

Ce navire est venu faire un petit coucou en octobre 2010 et n’en est jamais reparti. Victime d’une voie d’eau, le navire ainsi que son équipage finira par être abandonné par son armateur peu scrupuleux. Il fait maintenant pour ainsi dire partie du paysage et nul ne sait pour combien de temps encore. Tu peux lire ici l’histoire complète du navire abandonné à Sète.

Pont du Tivoli
Pont mobile du Tivoli

Le canal royal de Sète

Cette entrée en matière n’est pas trop déplaisante, mais ça n’est certainement pas pour ça que tu es venu ici. Quand bien même il est possible de croiser des avant-gardistes venus pour de tout autres raisons, je ne crois pas me tromper en disant que si tu es ici, c’est pour la pièce de résistance qu’est le canal royal. Canal royal renommé aujourd’hui canal de Sète, quelle misère ! Pour ce, il n’y a qu’à suivre les flèches.

Direction centre ville

Rue Honoré Euzet
Rue Honoré Euzet
Avenue Victor Hugo Sète
Avenue Victor Hugo

Tu ne trouveras pas de gondoles sur le canal royal et encore moins de pédalos en forme de flamant rose, et ça, je comprends aisément que ça puisse être une déception. En revanche, chaque année, à l’occasion de la Saint-Louis (le 25 août, Louis étant le saint patron de Sète) s’y déroulent les célèbres joutes nautiques. Évidemment, cette année, de joutes il n’y eut point. Satanée Covid.

Grand Hotel Sete
Le Grand Hôtel

Si tu comptes parmi les pressés, j’ai un tuyau en or pour toi. Tu te poses sur le pont Virla, tu prends ta photo du canal royal et tu la postes sur Instagram. Ça fera une photo très jolie qui ressemble à ça.

Canal royal Sète

Et c’est bon, tu peux plier bagage. Tu as fait Sète, Instagram pourra en témoigner. Mais si tu es un peu plus curieux, tu peux continuer la balade. Tu ne devrais pas être trop déçu.

Canal royal

Canal royal

Le môle Saint-Louis

À force de marcher le long du canal royal, tu finiras, suivant la direction empruntée, soit par tomber dans l’étang de Thau (plouf), soit au môle Saint-Louis.

Phare Saint-Louis

En l’an 1666, afin que les furies de Poséidon ne viennent pas aplatir le port et la ville, quelques esprits éclairés se sont dit un beau matin qu’un môle, ça pourrait être un truc utile. C’est ainsi que ces esprits éclairés commencèrent à empiler quelques pierres.

Mole Saint Louis et brise-lame

Le môle Saint-Louis sera complété ultérieurement par un brise-lame. Et afin d’être vraiment paré pour affronter l’épidémie de Covid, ce brise-lame comprend un lazaret en vue de mettre en quarantaine les visiteurs porteurs de méchants virus et autres bactéries indésirables.

Est-ce à dire si tu débarques tout guilleret et que tu es testé Covid+ tu vas te retrouver au lazaret du brise-lame ? Surprise…

Phare Saint-Louis

Phare Saint-Louis

Au bout du môle se trouve le phare Saint-Louis et à son pied, le hashtag de rigueur. Là encore, si tu es de passage, mais ne publie pas sur tes réseaux sociaux d’égoportrait devant de ce monument historique bleu azur, n’oublie pas que le lazaret du brise-lame t’attend à bras ouverts.

Port de Sète
Vue depuis le môle Saint Louis

Hastag Sete

Le Quartier Haut de Sète

Tu aimes prendre de la hauteur ? Allons-y, grimpe avec moi jusqu’au Quartier Haut, le plus ancien quartier de la ville. C’est ici que s’établirent les premiers migrants venus se casser le dos à la construction du port au XVIIsiècle. La vue sur le port y est plutôt sympathique, de sorte qu’ils pouvaient chaque soir admirer depuis leurs pénates l’avancement des travaux.

Au cœur du Quartier Haut, tu trouveras l’église Saint-Louis. Tu commences peut-être à te dire que Sète a la manie des Saint-Louis et pour cause, la ville fut construite en 1666 à l’initiative Louis XIV, tout comme le canal du midi qui débouche dans l’étang de Thau.

Eglise Saint Louis

Si la vue te fait vraiment tourner la tête, tu peux peut-être te réserver une place pour l’éternité au cimetière marin. Le panorama n’y est pas trop déplaisant.

Cimetière marin

Le mont Saint-Clair

Ça n’est pas assez haut pour toi, tu veux voir plus loin, au-delà ? Mazette, venir à Sète pour y voir autre chose que Sète, c’est un brin cavalier, mais soit, grimpons au sommet de l’île singulière. D’ailleurs durant l’antiquité, le mont Saint-Clair était une île. Le cordon de terre à l’ouest ne s’est formé que plus tard.

Les quelques marches à gravir seront parfaites pour te stimuler le palpitant. Sète, c’est un sport complet ! Chemin faisant, tu pourras admirer rue Paul Valery une fresque murale où un monsieur assez peu vêtu, mais néanmoins sans doute un peu énervé tente de passer un nœud coulant autour du cou d’un autre monsieur des plus flegmatique. Moi à sa place, j’aurais probablement été un brin moins serein.

Street art rue Paul Valery

La balade se termine en stations du chemin de croix le long du Chemin de Saint-Clair. Au loin, en haut de la côte, un mât d’antennes mobiles ou une croix t’attendent, à chacun son Dieu.

Une fois arrivé au sommet, tu peux profiter de la vue et accessoirement t’autocongratuler. Ton ascension a débuté comme il se doit au niveau de la mer, à 0 m, et te voilà maintenant au sommet du mont Saint-Clair à 175 m. J’imagine déjà certains trublions dire que le mont Blanc et l’Everest sont bien plus haut. Personne n’a jamais entendu parler de ces monts obscurs à Sète. Le toit du monde ici, il est à Saint-Clair.

La rumeur veut d’ailleurs que Saint Clair guérit en son temps quelques aveugles. À en juger par la vue, on comprend aisément pourquoi.

Vue Sète centre et port

Sur les pentes du mont Saint-Clair, les vignes pâtures et autres baraquettes autrefois omniprésentes ont cédé la place aux villas. Il faut reconnaître que la vue n’y est pas trop déplaisante. Mais poser tes valises ici, en plus de devoir vider ta cave des kilos d’or accumulés depuis trente générations, signifie que descendre en ville à pied y acheter ta tielle n’est pas une sinécure.

Sète vu du mont Saint-Clair

Si tu décides de redescendre le mont Saint-Clair sur son autre versant, tu pourras depuis la forêt des Pierres Blanches apercevoir les salines de Villeroy.

Salines de Villeroy

La Corniche

Après la forêt des Pierres Blanches, quelques pas de plus et la Corniche ne sera plus très loin. Pensant peut-être que ça ferait joli, un couleur de béton décida de poser un amas de béton-balcon-piscines quelques résidences de vacances sur cette avancée rocheuse.

Tu peux alors aller faire un petit coucou aux oiseaux, te prélasser sur la plage d’une des petites criques (dont la plus belle, la crique de la Nau), ou encore pousser plus à l’ouest le long des 12 km de la plage du Lido, un ruban de terre entre l’étang de Thau et la mer. Une piste cyclable longe la plage sur toute sa longueur, un vrai régal.

Oiseaux corniche

Crique de l’Anau

Rejoindre à pied le centre-ville par la Promenade du Général Leclerc est en toute objectivité un enchantement. Tu peux alors déambuler à loisir le long de la mer, te poser sur un banc et regarder le large. Quelques avancées te permettent même de rejouer la scène mythique de Titanic, à la proue de la Corniche en quelque sorte, mais sans iceberg ! C’est dire si l’on a ici la volonté de te voir retourner dans tes pénates avec des souvenirs impérissables.

Promenade du Marechal Leclerc

Vue mer

Le centre-ville de Sète

Si tes petits petons ne se sentent pas de gambader vers la Corniche depuis le mont Saint-Clair, tu peux redescendre directement en ville.

Tu apercevras alors depuis les rues pentues les grues du port au loin, prêtes à décharger la cargaison des cargos de passage.

Centre Sète et grues du port

Café de la Paix

La Pointe Courte

Nul ne saurait terminer une visite de Sète sans passer par la Pointe Courte, un quartier de pêcheurs les pieds dans l’étang de Thau.

Ce quartier est peuplé de Pointus vivant dans des petites maisons de pêcheurs, maisons qui n’étaient au départ que des cabanes. On se sentirait presque coupé du monde ici.

Pont mobile Sadi Carnot Sète
Ponts mobiles et au loin la Pointe Courte

Port Pecheur pointe courte

En octobre, alors que les eaux de l’étang de Thau se refroidissent, les daurades entreprennent leur migration vers la mer. La Pointe Courte ainsi que la Plagette de l’autre côté du canal sont alors les spots de pêche les plus prisés au monde. Les places se font chères, menant même parfois, paraît-il, à quelques échauffourées !

Pecheurs pointe courte Sète

Pèche Sète
Tu trouveras également de nombreux pêcheurs le long du quai de la République

Le mot de la fin

Voilà donc maintenant six mois que je mange des tielles à profusions (hashtag #LesTiellesCestLaVie). Il ne me reste plus qu’à mitonner ma première macaronade et je serai alors sur la bonne voie. Est-ce suffisant pour faire de moi le parfait Sétois, rien n’est moins sûr. Certains prétendent qu’on ne devient pas Sétois, on naît Sétois.

Et si après tous ces kilomètres, une petite soif se fait ressentir, il y a toujours une solution pas très loin.

2CV Ricard

Cet article ne saurait contenir la moindre approximation en encore moins de mauvaise foi ou de pseudochauvinisme. Il n’y a pas plus impartial qu’un néo-Sétois, et ayant comme je l’ai déjà dit à cœur de m’intégrer, je ne ménage pas mes efforts.

Quant à savoir si je ne regrette pas Paris, 777 fois non. Je vous épargne le selfie de mon nouveau sourire sétois uniquement par crainte que trop de monde ne suive mon chemin !

  1. expression due à Paul Valéry[]
  2. vadrouiller sans but, définition de l’indispensable manuel d’intégration à l’usage des néo-Sétois[]
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.