Un voyage entre Arménie, Géorgie et vieilles Lada

J’ai pour habitude de dire que je n’ai pas de liste de pays que je souhaite visiter. L’idée d’avoir un programme en stock, tout prêt, tuerait un peu les fruits du hasard qui mènent à partir ici ou là. N’empêche que l’Arménie et la Géorgie sont deux destinations qui traînaient plus ou moins depuis quelque temps sur cette liste qui n’existe pas. Et par je ne sais trop quel tour de passe-passe, au retour de mon voyage en cargo vers le Bénin, c’était devenu une évidence. Mon prochain voyage serait dans ces montagnes du Caucase. L’heure est donc au billet bilan tout à la fois sérieux et biscornu, sans oublier la réponse à la question qui te tiens forcément en éveil depuis mon retour : “alors, c’était comment ?”

Mais revenons-en au commencement de cette histoire. Quand j’annonce la couleur d’un prochain voyage, on me demande souvent “m’enfin, comment tu choisis tes destinations” ? Ami lecteur, je vais te révéler aujourd’hui un secret, mon secret. En fait, c’est très simple, je demande au Dieu des internets “c’est où c’est donc que je pars en balade la prochaine fois” et je vais directement à la page 9 des résultats. Pourquoi la page 9 ? Parce que les 8 premières pages ne sont qu’un ramassis de n’importe quoi. Des destinations surfaites où tu n’es jamais à l’abri d’y croiser ta belle mère, ton patron ou ton voisin. Oui, celui que tu ne peux plus souffrir et à qui tu avais très hypocritement souhaité de bonnes vacances la veille de ton départ. Non, crois-moi, le Saint-Graal est à la page 9 et nulle part ailleurs !

Si tu ne fais pas confiance au Dieu des internets, tu peux avoir la chance d’avoir été inspiré par d’autres. J’en oublie sans doute quelques-uns, mais les billets de A-Contresens sur leur petit voyage en Arménie dans des monastères mais pas que et en Géorgie ainsi que les retours très positifs de Novo Monde sur leurs quelques jours à Tbilissi sans oublier Mel Loves Travel et ses histoires de frontière russe n’étaient pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Mais surtout, celui qui avait trouvé l’argument massue, celui auquel personne, je dis bien personne, ne peut un tant soit peu résister, c’est l’ami Laurent de Asiatrek avec cette vidéo mémorable quant à l’amitié Franco-Arménienne !

Un itinéraire de 4 semaines entre Arménie et Géorgie

L’idée de départ était de couper la poire en deux, soit 2 semaines en Arménie suivies de 2 semaines en Géorgie. Comme souvent, le programme était inexistant avant de partir, et j’ai finalement passé 11 jours en Arménie puis 16 en Géorgie. Un itinéraire qui démarre à Erevan, petit à côté vers le monastère de Geghard, Yeghegnadzor, retour à Erevan, Alaverdi, passage de la frontière vers Tbilissi, Kazbegi (Stephantsminda), Gori, Koutaïssi, Mestia, Batoumi avant de rejoindre l’aéroport de Trabzon en Turquie.

Bilan du voyage

En préambule à cet inventaire qui se veut évidemment on ne peut plus exhaustif, objectif, cohérent et incontournable, sache qu’en fait, ce premier aperçu n’est peut-être pas si consistant que ça. Est-ce le fruit de cette fameuse amitié Franco-Arménienne dont parlait Laurent dans sa vidéo, nul ne le sait vraiment.

L’Arménie

  • Comme dans tous les coins et les recoins de ce bas monde, le chauffeur de taxi qui vient cueillir le touriste à l’aéroport d’Erevan est un escroc, mais il est pour ainsi dire le seul. Les petits filous qui guettent le touriste au détour d’une rue pour l’arnaquer semblent être ici inexistants, tout comme en Géorgie d’ailleurs.
  • À ceux qui se diraient “mais enfin, c’est pas un pays en ‘stan’ l’Arménie”, saches qu’en arménien, Arménie se dit Hayastan. Et toc !
  • Hayastan certes, mais également Ladastan. Ça faisait une paille que je n’avais pas vu autant de Lada. Des rouges, des blanches, des bleues, des oranges. La forme de ces mythiques voitures a peu varié au cours du temps, mais les couleurs sont là pour égayer le tout. Et si tu n’aimes pas les Lada, sache qu’on y croise aussi plein de Volga, et ça, c’est vraiment la classe ultime une GAZ Volga.
  • Victor Hugo n’est pas mort, je l’ai rencontré dans un parc à Yeghegnadzor.
Victor Hugo dans le parc de Yeghegnadzor
Victor Hugo dans le parc de Yeghegnadzor
  • L’Arménien des champs a la main sur le cœur, d’autant plus s’il est âgé. Il ne parlera le plus souvent qu’arménien ou russe, mais ça ne l’empêchera pas de te saluer, de te poser des questions, voire même de t’inviter. L’Arménien des villes aura quant à lui une attitude plus proche de celle du Français, à savoir qu’il n’interagira pas plus que ça avec toi, à moins que tu ne le sollicites.
  • Si tu écris comme un cochon, peut-être qu’en arménien, ça sera plus joli. Par exemple, bonjour, ça ressemble à ça : բարեւ Ձեզ. Une merveille non ?

La Géorgie

  • Adieux le Ladastan, mais bienvenue au Testostéroneauvolanstan. Je ne saurais dire quelle mouche a piqué les conducteurs géorgiens, mais contrairement aux Arméniens plutôt paisibles, le conducteur géorgien aime faire crier du pneu, doubler n’importe où, faire la course avec son compère encore plus testostéroné. Après avoir pris l’habitude de traverser tranquillement les rues d’Erevan, sache que cette même nonchalance à Tbilissi voue le piéton à sa perte !
  • Chacha ! Non, les Géorgiens ne dansent pas le cha-cha-cha. Il est possible qu’après avoir levé un peu trop de fois le coude pour boire cul sec un verre de chacha, l’envie de danser le cha-cha-cha s’empare de toi, mais c’est à peu près le seul rapport. Tu l’auras compris, le chacha, c’est le nom donné aux spiritueux et autres tord-boyaux locaux.
  • Le chacha est le plus souvent la garantie d’une franche rigolade avec ton hôte, mais tout en gardant un côté indéniablement burlesque, ça peut-être parfois un peu moins bucolique, comme ce jour à Gori où j’ai pris mon repas dans un bar où parmi les six clients, j’étais le seul à tenir debout. Tout allait bien, jusqu’à ce que les cinq autres se disent “tiens, si on dansait le cha-cha-cha, mais en se tapant dessus et en balançant les chaises à travers le bar”. J’étais alors assez content d’être dans un box un peu isolé et de constater que mes amis n’avaient pas envie de jouer avec moi !
  • Les vaches géorgiennes sont blasées de chez blasées. Tu leur montres une grosse montagne, genre le mont Kazbek et ses 5 047 m, elles n’en ont cure, elles regardent ailleurs.
Le mont Kazbek et ses 5047 m
Le mont Kazbek, une petite montagne de 5047 m
  • À Mestia, une charmante jeune fille russe m’a dit que je prononçais хорошо à la perfection, sans aucun accent. Mais qu’est-ce donc que ce хорошо (phonétiquement “kharacho”) ? En russe, ça veut dire “bien” et c’est un mot qui ponctue à merveille la conversation en signe d’acquiescement, d’autant plus quand ton vocabulaire russe est assez limité. Tu te rends compte, je prononce le mot le plus utile en russe à la PER-FEC-TION !
  • Si tu écris vraiment comme un cochon, peut-être qu’en géorgien, ça serait encore plus joli qu’en arménien. Cette fois, bonjour, ça ressemble à ça : გამარჯობა.

Et alors, c’était comment ?

Je ne doute pas que tu as l’œil et que tu veilles comme il se doit à ce que je ne t’empapaoute pas à force de circonvolutions matinées de Lada et de chacha. J’avais promis de répondre à la question “alors c’était comment”, allons-y !

Alors c’était très bien. Mais généralement, quand je dis ça, on n’est pas convaincu plus que ça. On a l’impression qu’il manque un truc, un je ne sais quoi. Donc j’insiste, non vraiment, c’était très bien. Un accueil chaleureux, de beaux paysages, des monastères bâtis pile-poil où il faut pour les mettre en valeur, de bons petits plats (surtout en Arménie). Je ne me suis pas ennuyé une seule seconde et n’ai même pas lu la moitié des livres que j’avais emportés.

Deux admiratrices sur le pont de la paix à Tbilissi. Comment ça elles me regardent bizarement !
Deux admiratrices sur le pont de la paix à Tbilissi. Comment ça elles me regardent bizarrement !

Mais en effet, il manquait un petit truc. Pas grand-chose hein, mais un petit chouia. Il manquait une part de choc culturel, une baffe dans la figure, un coup de trompe d’éléphant dans les esgourdes.

L’Arménie et la Géorgie, ça n’est pas la France bien sûr, mais on s’y sent tout de même un peu comme en Europe. Ma dernière journée passée à Trabzon en Turquie sera d’ailleurs très révélatrice. Une simple frontière, quelques kilomètres, mais on entre clairement dans un autre monde. En Turquie, on est en Orient.

Il manquait […] un coup de trompe d’éléphant dans les esgourdes

En voyage, j’aime être bousculé, chahuté (pas physiquement, tu m’as compris), j’aime perde pied, ne plus avoir de repères. Donc j’ai apprécié l’Arménie et la Géorgie comme j’avais apprécié la Roumanie il y a bien longtemps. Mais ça ne fut en rien la claque ressentie en Inde, au Pakistan ou encore au Kiffistan.

A contrario, si tu aimes les destinations “tranquilles” où il est relativement simple de voyager, avec de splendides paysages de montagne (aucun bémol là, c’était vraiment chouette) et un bon accueil, tu devrais adorer ! La Géorgie est plus touristique que l’Arménie, mais en juin ou en septembre, ça reste très raisonnable.

Dernier constat, 4 semaines pour visiter à la fois l’Arménie et la Géorgie, c’était un peu trop court à mon sens. J’aurais aimé aller faire un tour au Haut-Karabagh ainsi quelques autres petits coins de Géorgie, mais sauf à accélérer le pas pour faire rentrer tout ça au chausse-pied, ce qui n’est pas compatible avec ma manière de voyager, ça ne rentrait pas.

Quelques photos de ce voyage

Parce que les photos sont parfois plus parlantes que les mots, assieds-toi dans un fauteuil, c’est l’heure de la séquence diapos.

Erevan, place de la République. Ça va tellement vite une Lada...
Erevan, place de la République. Ça va tellement vite une Lada…
Monastère de Geghard
Monastère de Geghard
Vue depuis ma fenêtre à Yeghegnadzor
Vue depuis ma fenêtre à Yeghegnadzor
Partie de peche et Lada à Yeghegnadzor
Partie de pêche et Lada à Yeghegnadzor
Essence ou diesel ?
Essence ou diesel ?
Monastère de Noravank
Monastère de Noravank
Mine de cuivre d'Alaverdi. C'est aussi ça l'Arménie...
Mine de cuivre d’Alaverdi. C’est aussi ça l’Arménie…
Cathédrale de la Trinité à Tbilissi
Cathédrale de la Trinité à Tbilissi
Pretre dans une église de Tbilissi
Prêtre dans une église de Tbilissi
Église de la Trinité de Guerguétie à Kazbegi
Église de la Trinité de Guerguétie à Kazbegi
Vallée de Truso, à quelques km de l'Ossétie du Sud.
Vallée de Truso, à quelques kilomètres de l’Ossétie du Sud.
Tour de Batoumi
Tour de Batoumi

Comme à mon habitude, les semaines et les mois à venir seront ponctués d’autres articles sur ce voyage. D’ici là, je ne saurais que trop te conseiller de glisser dans tes oreilles le podcast tout frais tout chaud de Fabrice du blog Instinct Voyageur où Sophie nous parle de sa traversée du Caucase à pied, entre Azerbaïdjan, Géorgie et Arménie.

Infos pratiques

  • Que ce soit pour l’Arménie ou la Géorgie, aucun visa n’est nécessaire (en tout cas pour les Français) et il n’y a rien à payer aux frontières.
  • Plutôt que d’acheter un vol aller-retour Paris-Tbilissi qui m’aurait obligé sur place à bien des kilomètres en plus, j’avais opté pour un aller simple Paris-Erevan et un retour depuis Trabzon (en Turquie). Trabzon et pas Batoumi pour la simple raison que les vols sont moins chers. À noter toutefois si tu es belge ou canadien (ainsi que plein d’autres nationalités), il te faudra acheter en ligne un e-visa pour entrer en Turquie. Si tu es français, suisse ou encore luxembourgeois, pas besoin de ce e-visa, c’est gratuit !
  • Mon budget a été d’environ 30 € par jour aussi bien en Arménie qu’en Géorgie. À ce prix-là, dans les plus grandes villes, je logeais en dortoir dans les auberges de jeunesse et ailleurs, le plus souvent en maison d’hôte. Ça n’est pas un budget minimum, mais on ne fait pas non plus de folies à ce prix là.
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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