Un voyage au Bangladesh, vous n’y pensez pas, malheureux

À lire les brochures des agences de voyages, il semblerait que le touriste qui se cache en chacun de nous recherche de plus en plus de l’authentique. Bien sûr, il veut également du rêve, de beaux paysages, voir même partir à la rencontre d’un peuple accueillant. Du coup, forcément, il ne part pas en voyage au Bangladesh. C’est vrai ça, pourquoi un individu bien sous tous rapports et doté de toutes ses facultés mentales irait en vacances là-bas ? Allons bon, il faut parfois dans la vie savoir raison garder, le Bangladesh, vous n’y pensez pas, malheureux !

Mais avant de poursuivre sur le sujet, pour être honnête, l’idée de vous parler du Bangladesh ne m’est pas tombée comme ça sur le coin de la tête par hasard. Un lecteur m’a demandé il y a peu pourquoi je n’avais écrit qu’un seul billet sur ce pays. Était-ce à dire que ce voyage au Bangladesh m’avait déçu ?

Sans répondre tout de suite à cette question, si je ne vous en ai pas parlé davantage du Bangladesh, c’est pour une raison très prosaïque. Ce voyage remonte à l’année 2000, et j’ai depuis fort malencontreusement perdu mes carnets de notes. Bye bye les mille et une anecdotes de cette année passée à me balader sur les routes du Moyen-Orient et de l’Asie.

Pourquoi avais-je décidé après l’Inde d’aller au Bangladesh ? Ça ne figurait pas vraiment dans le plan initial, jusqu’au jour, où, me promenant dans les rues de Paharganj à Delhi, j’ai aperçu un Lonely Planet sur le Bangladesh d’occase sur le présentoir d’une librairie. Encore à moitié béat de mes deux mois passés au Pakistan, je me suis dit “si ça se trouve, la même chose m’attend au Bangladesh”.

Le Bangladesh dans l’imaginaire collectif

Le Bangladesh est surtout connu pour sa surpopulation (170 millions d’habitants pour un pays quatre fois plus petit que la France), ses cyclones, ses inondations durant la mousson, ses usines textiles qui s’effondrent, ses fondamentalistes et plein d’autres choses tout aussi réjouissantes.

Le coloriste en chef des cartes de conseils aux voyageurs du ministère des Affaires étrangères a décidé que le Bangladesh était un pays dangereux et a donc choisi pour cette destination la couleur orange. Son collègue britannique, peut-être de meilleure humeur ce jour-là, a opté quant à lui pour la couleur verte, allez y comprendre quelque chose. Dans tous les cas, quelle que soit la couleur, le pays n’a pas la cote.

Bien plus que de l’exotisme, le voyage se doit de vendre du rêve, et soyons honnête, le Bangladesh, en terme de rêve, c’est pas trop ça. Peu importe qu’on y rencontre des gens adorables dans une nature parfois luxuriante.

D’ailleurs quand tu annonces que tu pars en voyage au Bangladesh, au lieu de voir en face de toi des regards qui t’envies, certains se contentent d’un sourire poli quand d’autres en viennent même à se demander si ça n’est pas la dernière fois qu’ils te voient ! S’ils ne suggèrent pas que tu organises, au cas où, un pot de départ, c’est par pure politesse.

Mon voyage au Bangladesh en réalité réelle

Car au fond c’est vrai, fini les superlatifs et l’esbroufe. Le Bangladesh, c’est très très loin du rêve. Ça ressemble même le plus souvent à un véritable cauchemar, jugez-en plutôt…

Plantations de thé de Srimangal
Plantations de thé de Srimangal
Coucher de soleil à Rangamati
Coucher de soleil à Rangamati
Sonargaon, mosquée Goaldi
Sonargaon, mosquée Goaldi

Alors ai-je été déçu, par ce pays ? Oh que non ! Ce pays m’a surpris souvent, déstabilisé parfois, mais déçu jamais. Déstabilisé, car les Bangladais sont d’une curiosité sans bornes. Je vous en avais parlé dans cet article : dans la peau d’une star au Bangladesh.

Mais même si cette curiosité peut parfois être un peu oppressante, elle n’est pas dépourvue de générosité. Alors que je me rends de Dacca à Chandpur en bateau (un mode de transport assez commun ici), mon voisin de siège, un étudiant parlant un bon anglais engage la conversation. Il se rend au mariage d’un de ses cousins et me propose spontanément de l’accompagner. Arrivé sur place, on m’installe à la table des grands-pères des jeunes mariés, la table des patriarches, ce qui est bien entendu ici un très grand honneur. Imagine-t-on en France aller au mariage d’un cousin accompagné d’un étranger croisé une heure plus tôt dans la rue ? Pas vraiment ! Cette générosité spontanée ne fait pas vraiment partie de notre culture.

Évidemment, tout n’est pas rose non plus. Les campagnes le plus souvent très verdoyantes (en novembre en tout cas) sont un réel enchantement, mais comme trop souvent dans cette région du monde, une décharge à ciel ouvert n’est jamais bien loin. Campagne est d’ailleurs synonyme ici de verdure, mais au aucun cas de tranquillité, car la surpopulation aidant, les Bangladais sont partout, absolument partout.

Rangamati à l’aube
Rangamati à l’aube
Puthia, temple de Govinda
Puthia, temple hindou de Govinda

Qu’ai-je bien pu faire durant ce voyage de trois semaines au Bangladesh ? En plus de mes errances quotidiennes, j’ai visité :

  • La capitale, Dacca. Une ville qui peut fasciner de par son côté chaotique, mais pour être parfaitement honnête, ça n’y est tout de même pas de tout repos. Le port est clairement captivant. À certaines heures, ça tient du véritable embouteillage sur l’eau.
  • Les plantations de thé de Srimangal. À la différence de celles plus connues en Inde, au Sri Lanka ou en Malaisie, ici il n’y a aucun touriste. J’ai loué un vieux biclou et me suis promené au milieu de ce tapis vert une journée durant.
  • Le lac Kaptai près de Rangamati au milieu des collines. Une vraie merveille, et là pour le coup, c’est paisible, car assez peu peuplé.

On dit souvent d’un voyage en Inde qu’il ne peut laisser indifférent. On peut en dire de même du Bangladesh tant ce pays et ses habitants recèlent en eux la capacité toute à la fois de vous émerveiller et vous épuiser. Car qui est plus curieux qu’un Indien si ce n’est un Bangladais !

Port de Dacca
Port de Dacca
Port de Dacca
L’heure de la douche dans le port de Dacca

Écolier à Bagerhat

Port de Dacca

Une anecdote pour conclure

Je ne saurais conclure ce billet sans une anecdote. Je ne sais pas pour vous, mais plus que les lieux, ce sont tout de même ces petites histoires que l’on garde longtemps en tête qui font l’essence même du voyage.

Ma dernière semaine coïncidait avec le début du ramadan. Au Bangladesh, 90 % de la population est musulmane. Comme vous le savez tous, durant le jeûne du ramadan, un musulman pratiquant ne mange pas entre le lever et le coucher du soleil. Il convient donc les matins de se lever de bonne heure pour prendre le suhûr, son repas avant l’aube. Et pour être bien certain que personne ne rate ce repas, le boy de l’hôtel frappe alors à toutes les portes jusqu’à ce que l’occupant de la chambre réponde.

  • Premier jour du ramadan, bang bang bang, m’enfin c’est quoi ce bordel ? Le gamin ne parlant pas anglais, je ne comprends rien du pourquoi de ce réveil bien trop matinal. Je pense juste qu’il y a eu méprise et me rendors aussi sec.
  • Second jour, bang bang bang, bon OK, on m’en veut, j’ai dû commettre un impair et on se venge. Je grogne, je proteste avant une fois de plus de me rendormir. Quelques heures plus tard, mon cerveau cette fois-ci un peu plus alerte finit par deviner le pourquoi de ses réveils aux aurores.
  • Le soir venu, je vais donc à la réception de l’hôtel et explique que “me, not muslim, me sleeping, bang bang bang no”. Mon interlocuteur ne semble pas comprendre grand-chose à mon globish, mais comme il ne se départit pas de son sourire, je tente ma chance une seconde fois. Et là, je vois apparaître une lueur dans son regard assorti d’un “yes”.
  • Troisième jour, bang bang bang. Il en sera de même durant toute la semaine. Ça m’apprendra de ne pas parler un mot de bengali !
Snacks pour la rupture du jeûne du ramadan
Snacks vendus pour l’iftar, la rupture du jeûne du ramadan le soir

Si je ne vous ai pas pleinement convaincu, allez donc faire un tour sur le blog de Sandro, alias Tête de Chat. Vous y trouverez quelques billets sur le Bangladesh ou encore cette vidéo à Dacca sur le blog de Philomène, alias Globe-Trotting qui vous donnera une meilleure idée de l’ambiance un rien chaotique de cette ville.

Avant de vous quitter, je sors un peu du sujet, mais le lecteur qui m’a posé cette question et donné envie de rédiger ce billet compte parmi les grands amoureux de l’Inde et a publié une collection de jolies photos entre autres sur ce pays. Je ne saurais donc que trop vous recommander d’aller égayer vos prunelles en allant admirer les photos de Julien Tournon. On y trouve sans mentir de vraies pépites. D’ailleurs, si je ne respectais pas les convenances, ça ne serait pas un simple conseil, mais une injonction 😉 Allez zou…

Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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