Le Pêchistan ou l’histoire d’un week-end pêche à Argentat en Corrèze

C’est bien connu, en mai, fait ce qu’il te plaît. C’est sur la base un peu facile de ce dicton à l’incommensurable portée philosophique qu’en ce début de mois, je suis monté à bord d’un train en partance pour Brive-la-Gaillarde. Brive, mais quelle idée ? Un coin du monde loin des Stan ? He oui, figurez-vous que je suis en fait parti en Corrèze, plus précisément au Pêchistan. Deux jours durant lesquels j’ai joué au malin de l’eau jusqu’aux genoux à pêcher à la mouche dans la Dordogne, avant de défendre vaillamment ce coin de terre contre l’envahisseur aux Tours de Merle et de jouer au touriste à Collonges-la-Rouge et à Curemonte.

Au commencement était le Pêchistan

Mais rembobinons l’histoire à son commencement. Comment un jeune homme bien sous tous rapports avec pour ambition de devenir un jour président à vie du Kiffistan finit un jour les pieds dans l’eau de la Dordogne au Pêchistan ?

Un certain 3 décembre 2017, alors que je me la coule douce aux Moluques, je reçois un tweet de Mitchka. Me déranger dans ce petit coin de paradis, inutile de dire que ça n’est pas sans risque. Le tweet parle d’un week-end d’initiation à la pêche quelque part dans le Lot, ou en Corrèze, je ne sais plus.

Seulement voilà, Michkta, voyez-vous, elle sait y faire. Et à côté d’autres promesses de programme libre et de franche rigolade entouré de gens très bien, elle me glisse : “j’dis pas ça pour essayer de te motiver outre mesure, mais je pense objectivement qu’avec une team pareille, on peut rentrer dans l’Histoire”.

Si tu veux devenir Émir du Kiffistan, apprend d’abord à pêcher

Là, mon sang de fait qu’un tour (57 secondes) avant de m’assoupir à nouveau sur le ponton de ma guesthouse. Mais de retour dans mes pénates quelques semaines plus tard, un dicton bien connu au Kiffistan se rappelle à moi : “si tu veux devenir Émir du Kiffistan, apprend d’abord à pêcher”. Ma volonté farouche d’accéder aux plus hautes responsabilités dans ce pays n’ayant d’égale que mon rêve de parcourir un jour les étendues sauvages et inexplorées du Liechtenstein, il me fallait agir, et vite.

Argentat
Argentat et la Dordogne

Un week-end à la pêche à la mouche en Corrèze

Ce mois de mai approche à grands pas. Tout est bouclé pour un week-end pêche à la mouche dans la Dordogne, en Corrèze. Car voyez-vous, quand il s’agit de pêche, la Dordogne, c’est un peu le Saint-Graal, paraît-il. Une rivière connue pour la qualité de son eau et de ses poissons. Après tout, ça n’est pas pour rien qu’on appelle ça le Pêchistan. Quant aux différentes techniques de pêche, la pêche à la mouche étant le nec plus ultra, nous voilà partis pour l’option Rolls-Royce, excusez du peu.

Le lancement

Lundi 30 avril, Aurélie, mon autoproclamée directrice de la communication lance ma campagne, en vue de la présidence du Pêchistan, non sans un certain brio. Car oui, l’idée d’appeler ça le Pêchistan vient d’elle, merci Aurélie 🙂

Un train pour Brive-la-Gaillarde

Vendredi 4 mai, j’embarque à Paris à bord d’un train Corail (bah oui, moi j’appelle encore ça des Corail) en direction de Brive-la-Gaillarde. Au passage, c’est formidable les trains Corail. Contrairement au TGV, on peut y admirer tranquillement notre beau pays depuis la fenêtre.

Arrivé à Brive, il reste encore 60 km et 723 virages pour rejoindre le gîte de la Clef des Champs à St Cirgues la Loutre. Jacques, notre chauffeur (lui aussi autoproclamé) est un peu fatigué de tous ces virages. Il se risque à dire que les trois derniers étaient peut-être de trop, mais le gîte et le contenu du frigo réussissent à mettre tout le monde de bonne humeur.

Gite de la Clef des Champs

Gite de la Clef des Champs
Gîte de la Clef des Champs
Cheminée gite de la Clef des Champs
Lire au coin du feu, voir dans le feu.

Mais d’ailleurs, c’est qui “tout le monde” ? En futur despote, j’ai oublié de vous présenter mes comparses. Si j’ai accepté avec plaisir de me joindre à ce week-end d’initiation à la pêche, c’est objectivement en grande partie grâce à eux, j’ai nommé Mitchka, Solène, Jacques et Cédric. Grâce à eux, car n’aimant pas me prendre très au sérieux, je chéris avant tout la compagnie d’une certaine insouciance allongée d’une grosse rasade de badinerie. En leur compagnie, les risques d’austérité étaient assez limités 😉

À la pêche les deux pieds dans la Dordogne

Même si en temps normal, me lever est une activité compliquée, en ce samedi matin de l’an un au Pêchistan, 7 h du matin, au son du clairon, tout le monde debout. Car il paraît que le poisson se lève tôt. C’est en tout cas ce dont nous a convaincus Jacques, sans que j’arrive à savoir s’il a réussi à nous empapaouter ou pas. Parce que voyez-vous, Jacque la pêche, c’est son truc, son dada.

Et nous voilà donc au Bistrot de Pays Chez Maryse sur la rive de la Dordogne. Chez Maryse, c’est le rendez-vous incontournable des pêcheurs à la mouche et donc la meilleure adresse pour faire connaissance avec notre guide de pêche émérite, j’ai nommé Vincent.

Car oui, nous avons droit à un guide. Malgré mes talents exceptionnels pour la pêche en mer, il me faut bien reconnaître que la pêche à la mouche, je ne connais pas. La pêche en mer, mais si voyons, en août 2016, à Boulogne-sur-Mer avec l’ami Laurent, ma dextérité jusqu’alors inconnue de tous, y compris de moi, éclatait au grand jour.

Seulement voilà, avec la pêche à la mouche, nous entrons dans une nouvelle catégorie. Si vous comptez parmi les mécréants qui pensent que pêcher consiste à poser sa canne au bord de l’eau et attendre, la pêche à la mouche est à des années-lumière de ça.

Pour résumer en quelques lignes cet art, ça consiste à lancer sa mouche pile-poil à l’endroit où un poisson s’apprête à gober… une mouche.

Donc si tu lances ta mouche, mais que ça n’est pas l’heure de l’apéro chez les poissons, ils ne gobent pas et tu es bredouille. Si les poissons sont friands ce jour-là de mouches rouges, mais que tu leur offres un cul-vert, là encore, c’est mort. Nous optons en ce matin pour une mouche cul-vert. Il paraît que c’est la saison !

Première étape de l’apprentissage donc, monter sa canne à pêche. Ne reste plus ensuite qu’à enfiler ses waders avant de démarrer la farandole du lancer mouche.

Montage canne à peche
Jacques et Vincent, les pros
Alignement canne à peche
Alignée ou pas alignée ma canne à pêche ?
Le lancer mouche
Cédric au lancer mouche
Le lancer mouche
À moins que ça ne soit de l’escrime !

Et quand tout ça n’a plus le moindre secret pour nous, nous nous jetons à corps perdu au milieu de la rivière, la Dordogne. Parce que cette fois, on a tout compris, on maîtrise comme des dieux, et c’est sûr, ça va mordre.

Peche à la mouche dans la Dordogne à Argentat
Adieu, nous partons (crédit photo Mitchka)
Peche à la mouchon dans la Dordogne à Argentat
On dirait que j’ai fais ça toute ma vie (crédit photo Mitchka)

Je vous passe les étapes de mon apprentissage de l’art et la manière de la pêche à la mouche. Mais force est de reconnaître que je compte à n’en pas douter parmi les élèves les plus doués que Vincent ait connu à ce jour, si j’en crois ses commentaires.

En bon professeur, il nous fera remarquer que comme dans toute activité, plus on apprend jeune, plus on apprend vite, tout en notant dix minutes après que je suis le plus vieux du groupe ! Plus tard, alors que j’ai une fois de plus transformé ma ligne en sac à nœuds, Vincent émet l’hypothèse assez hasardeuse que mon lancer n’est pas assez dynamique, que j’ai deux de tension 😀

Honnêtement, moi qui ai en horreur les courbettes, le courant est bien passé avec Vincent. Et là où une nouvelle activité pas si simple que ça à appréhender peut devenir rapidement lourdingue, me retrouver au milieu de la Dordogne à essayer de faire quelque chose de ma canne à pêche dans cette bonne humeur ne pouvait qu’augurer de bonnes choses pour le reste du week-end.

Ceux qui seraient à la recherche d’informations plus orthodoxes quant à la pêche en Corrèze, le site de la fédération de pêche est sans doute votre meilleur ami.

Un étang pour pêcher, c’est pas mal aussi

De retour au gîte, nous tentons une technique de pêche alternative. Car figurez-vous que notre gîte étant un gîte de pêche, il est pourvu d’un étang. Alors que Jacques, notre star de la pêche, s’installe avec sa canne, nous optons de notre côté pour une technique que l’on pourrait qualifier de pêche méditative. Tout est en effet dans la pensée. Se concentrer un maximum de sorte que les poissons, complètement subjugués par l’aura que nous dégageons collectivement se jettent à nos pieds hors de l’eau.

Etang-du-gite-de-la-Clef-des-Champs
Les poissons arrivent, croyez-moi (crédit photo Mitchka)

D’autres préfèrent une technique plus traditionnelle. Force est de constater qu’elle s’est avérée à ma plus grande surprise plus concluante. J’imagine qu’un truc a dû déconner avec nos chakras.

Jacques peche étang gite clef des champs
L’étang du gîte
Carpe
Une carpe

Akito lui, il s’en fou. Du moment qu’il peut taper la discute avec nous en corrézien, il est content. Car voyez-vous, Akito est un alpaga qui c’est tellement bien adapté à son pays d’adoption qu’il ne parle maintenant plus que le corrézien.

Akito l’alpaga

Puis vint le soir, l’heure de se repaître des poissons que nous n’avons pas pêchés, de vider les bouteilles que nous n’avons pas vendangées, de s’allonger dans l’herbe sous le ciel étoilé pour compter les étoiles que nous n’avons pas semées et chercher désespérément la constellation des Poissons sans la trouver. Et à 3 h du matin, dans un éclair de lucidité, se dire qu’il fait tout de même un peu trop froid pour s’endormir dehors et décider d’aller se coucher bien au chaud, sous les couvertures.

Le jour d’après, que faire en Corrèze

Repus de tant de bon poisson canard, il ne nous reste plus qu’à arpenter la Corrèze. Pour ne pas vous mentir, c’est sans doute la première fois de ma vie que je suis en Corrèze. Brive-la-Gaillarde, je connais de nom, mais pour le reste, les Tours de Merle, Argentat, Collonges-la-Rouge, Curemonte, je suis comme un gamin qui découvre le monde, je ne connais pas du tout. Alors bien sûr, nous aurions pu descendre la Dordogne en canoë, mais épuisés par cette séance de pêche, nous optons pour une visite touristique plus classique.

Les Tours de Merles

Afin de vérifier si nous étions pleinement en sécurité, nous sommes dans un premier temps passés par les Tours de Merle pour bouter l’ennemi hors du département. Et autant dire que quand il nous a vus arriver, l’ennemi n’a pas bronché.

Tours de Merle

Tours de Merle

Maison Tours de Merle

Riviere Tours de Merle

Collonges-la-Rouge

On nous avait dit de Collonges que c’était magnifique, mais très touristique. Mon oreille avait très bien accroché sur le “c’est magnifique”, mais n’avait pas pris la pleine mesure du “très touristique”. Car oui, c’est très mignon toutes ces maisons faites de pierre rouge. Rien d’artificiel ou de toc là-dedans, la pierre est d’époque. Mais on se retrouve tout de même dans un village où toutes les boutiques sans exception sont dédiées au tourisme et les rues ne sont encombrées que de touristes. C’est assez étrange pour être honnête.

Collonges-la-Rouge

Collonges-la-Rouge

Curemonte

Tout comme Collonges, Curemonte nous accueille avec ses panneaux “les plus beaux villages de France”. Sauf qu’après, tout va mieux. La vue sur le village a une certaine allure, et une fois dans les ruelles, personne. Le bistro au centre nous tend les bras. Cette quiétude, on y resterait bien à Curemonte.

Réflexion philosophe du jour, le touriste est tout de même un être assez étrange. On le compte sur les doigts d’une main aux Tours de Merle et à Curemonte, alors qu’on ne voit que lui à Collonges. Si quelqu’un a une explication, elle est la bienvenue. J’avoue pour ma part en perdre mon grec, mon latin et mon corrézien. C’est Akito qui va être déçu.

Curemonte

Curemonte

Curemonte

Curemonte

Le mot de la fin

Un grand merci à Gîtes de France et Gîtes de France Corrèze pour nous avoir hébergés, nous avoir trouvé un guide de pêche on ne peut plus à notre pointure et avoir fait tourner les roues du train Corail à leurs frais.

Il n’en demeure pas moins que le reste du programme n’est que le fruit de nos envies et cette prose le résultat d’un processus assez mystérieux. Mais est-ce bien nécessaire de le préciser sachant mon incompatibilité pour tout ce qui ressemble à un début de contraintes et de programme en voyage.

Il va sans dire que je remercie également Mitchka et Jacques, les deux grands manitous sans qui rien n’aurait été possible.

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Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.