Welcome into Iran

Je passe ma dernière journée en Turquie à Dogubeyazit avant de traverser la frontière iranienne le lendemain matin. J’ai lu à droite et à gauche tellement d’anecdotes sur l’hospitalité iranienne à nulle autre pareille que j’ai mis la barre très haut. J’ai développé au fil des semaines qui ont précédé mon arrivée une sorte de mythe sur ce pays. Et forcément, le fait que cette nation soit très souvent présentée sous nos latitudes comme étant le mal absolu, Satan en personne, l’axe du mal pour citer une formule devenue tristement célèbre, ne fait que gonfler le mythe, un peu comme un interdit que l’on souhaiterait transgresser.

Je vais dîner avec un couple de français qui font la route en sens inverse et arrivent donc d’Iran. À la vue de la multitude de plats proposés au resto, ils restent bouche bée, comme deux gosses qui n’arrivent pas à se décider devant un tel assortiment. Un peu interloqué, je leur demande ce qu’on mange en Iran et là mon mythe iranien perd une étoile. Ils me disent avoir mangé très souvent des plats ternes et sans saveur, des shish kebabs bon marché quasiment tous les jours. Enfin bon, mon mythe iranien avait cinq étoiles donc je ne me laisse pas démonter de si tôt, il en reste encore quatre !

Toits du bazar de Kashan
Toits du bazar de Kashan

Le lendemain je me lève aux aurores pour me rendre en mini-bus jusqu’à la frontière. Arrivé au poste de douane, je ne suis manifestement pas le seul à avoir décidé de démarrer tôt car c’est déjà la foule. Côté turc tout se déroule assez rapidement. Côté iranien par contre, j’ai comme l’impression que ça va être un tantinet plus long. Je prends donc place dans la longue file d’attente pour le contrôle des passeports. J’ai à peine posé mon sac à dos par terre qu’un douanier vient me voir avec un grand sourire. « Hello sir, what’s your name, what’s your country ? »1bonjour monsieur, comment vous appelez-vous, quel est votre pays. Je lui réponds assez timidement et en faisant preuve d’une certaine déférence. C’est un peu idiot mais on prend assez facilement les douaniers pour des grands méchants même quand on n’a rien à se reprocher. Et forcément, un douanier iranien ne peut-être qu’un très très grand méchant !

Maintenant qu’il sait que je suis français, il le répète à la ronde en farsi2iranien, visiblement ravi, et me demande de le suivre pour, …, me faire passer devant tout le monde jusqu’au guichet. Son collègue semble tout aussi ravi d’avoir un français devant lui. Il tamponne mon passeport en deux temps trois mouvements et me fait signe de me diriger vers la porte de sortie du poste de douane. Mais entre ce guichet et la porte de sortie, je note que toutes les autres personnes (des Turcs et des Iraniens) vident leurs bagages pour une inspection des plus méticuleuse. Je me faufile donc et finis par demander à un douanier si je dois ouvrir mon sac. Il interrompt sa fouille et me regarde avec lui aussi un large sourire et me pose la même question « what’s your country, what’s your name ? ». J’ai l’impression qu’il n’a pas compris ma question donc je lui demande à nouveau si je dois ouvrir mon sac et là j’ai droit à un « oh no no, just go, welcome into Iran my friend« 3oh non non, allez-y, bienvenue en Iran mon ami. Résultat des courses, je passe la douane en cinq minutes au lieu de sans doute plus de deux heures ! Assurément l’Iran vient de regagner la cinquième étoile qu’il avait perdu la veille au soir au restaurant.

Le bazar de Tabriz
Le bazar de Tabriz

J’embarque ensuite dans un bus en partance pour Tabriz. Petit problème à bord, il ne reste plus qu’une place à côté d’une femme. Or en Iran, un homme ne peut s’asseoir à côté d’une femme que si c’est sa femme, sa sœur, bref, quelqu’un de sa famille. Mais après quelques permutations empruntes d’un côté un peu burlesque pour le non initié que je suis, l’assistant fini par trouver une combinaison qui respecte la règle. Je me retrouve assis à côté de Jahan, un étudiant qui parle très bien anglais. À peine terminées les présentations d’usage, Jahan ouvre la vitre du bus et hèle un vendeur de boissons pour lui acheter un Zamzam, un ersatz local du Coca. Le Zamzam n’est pas pour lui mais pour moi. À la pause déjeuner c’est également lui qui passe commande à la chaïkhana4maison de thé et bien que j’insiste pour payer, c’est absolument impossible. Enfin en arrivant à Tabriz, il insiste pour que je prenne un taxi avec lui pour me déposer à mon hôtel. Évidemment c’est encore lui qui paye la course. J’ai beau protester, la réponse est toujours la même, « en Iran tu es mon invité, inch Allah ».

Le fusil c'est pour la pose, le sourire c'est pour toujours !
Le fusil c’est pour la pose, le sourire c’est pour toujours !
Vieil homme rencontré dans les rues de Yazd
Vieil homme rencontré dans les rues de Yazd

Ainsi donc, le mythe de l’hospitalité à l’iranienne n’en était pas un. Ce genre d’expérience n’aura de cesse de se répéter tout au long de mon séjour. Mais je confirme également que le qualificatif de « fade » quant aux shish kebabs servis dans les chaïkhanas n’était pas non plus usurpé. Ça n’a rien de mauvais mais c’est fadasse. La cuisine iranienne peut être excellente mais pour ça, il faut changer de budget et remplacer les chaïkhanas par de vrais restaurants ou être invité chez l’habitant, ce qui par chance se produit assez souvent. Eh oui, les prises d’otage sont assez courantes en Iran. Un inconnu croisé dans la rue qui vous aborde finit par insisté pour que vous veniez partager le repas chez lui avec sa famille et refusera de vous libérer tant que vous ne serez pas rassasié pour trois jours ! On en viendrait presque à se demander si la moitié des iraniens n’ont pas été informés de votre venue et vous attendent de pied ferme tant ces rencontres sont fréquentes. Et toujours le même discours, « en Iran tu es mon invité ». Et vous, dans quel pays avez-vous rencontré un tel accueil, une telle générosité ?

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1. bonjour monsieur, comment vous appelez-vous, quel est votre pays
2. iranien
3. oh non non, allez-y, bienvenue en Iran mon ami
4. maison de thé
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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