À Xiahe, en visite chez les punks tibétains du monastère de Labrang

Arrivé à Xiahe, ce voyage en Chine touche à sa fin. Tout est bien qui finit bien, car Xiahe sera sans conteste l’étape la plus passionnante à mes yeux. C’est toujours mieux quand un voyage avance ainsi, crescendo, plutôt que de griller les meilleures cartouches d’entrée de jeu. Tout comme à Tongren, nous sommes ici dans l’Amdo, cette région peuplée en grande partie de Tibétains, mais qui ne fait nullement partie de la région autonome du Tibet. Et si Xiahe vaut le détour, c’est avant tout pour le monastère de Labrang, une ville dans la ville. Un lieu où déambuler et observer les nombreux pèlerins est sans conteste la plus noble des activités. Et cerise sur le gâteau, à Labrang, qu’on se le dise, punk is not dead.

À certains égards, on pourrait dire que le monastère de Labrang est un lieu tellement fascinant que c’est à s’en taper le cul par terre. Mais certains pèlerins semblent avoir une interprétation de cette expression qui diffère sensiblement. Au lieu de se taper le postérieur, certains, sans la moindre valse-hésitation, s’étalent la face la première au sol. On pourrait croire qu’ils recherchent désespérément leur gourmette en or bêtement perdue la veille, mais non. Sitôt relevés, paf, les voilà qui replongent de tout leur long dans la poussière dans une sorte de mouvement perpétuel, comme si une simple gamelle n’y suffisait pas.

Améliorer son karma méthode lente

Au lieu de faire des tours de kora à la mode je marche et je fais tourner les moulins à prières, ils ont opté pour une option un peu plus radicale. Il est indéniable qu’une telle ferveur religieuse a un côté assez fascinant pour le profane que je suis. Ça me rappelle à certains égards Varanasi, ou encore Jérusalem, des villes littéralement envoûtantes. Mais ça m’amène tout de même à une petite réflexion.

Depuis quelque temps en Occident, le bouddhisme est à la mode. On nous décrit ça comme une religion qui serait différente des autres, car ce serait avant tout une philosophie. Être chrétien en France, c’est un peu ringard, musulman, c’est pas trop à la mode non plus, mais être bouddhiste fait facilement de vous quelqu’un de cool. Qu’il y ait des différences notoires entre les cultes, soit. Mais entre le dogme et sa pratique au quotidien, c’est souvent le grand écart, et le bouddhisme ne me semble pas vraiment déroger à la règle.

On a coutume de dénoncer le conditionnement de certaines pratiques religieuses, et on n’a pas tort, mais cette dénonciation me paraît être à géométrie assez variable suivant le culte concerné. Si quelqu’un peut m’expliquer la différence qui pourrait exister entre le “j’me bourre le crâne en apprenant le Coran par cœur sans rien y comprendre” et le “j’fais le tour du monastère en m’étalant par terre 3227 fois à chaque tour”, elle doit être tout de même assez subtile. Subtilité qui m’aura dans tous les cas échappé.

Labrang petite Kora
Petite kora du monastère de Labrang

Effectuer à mainte reprise la kora en s’étalant de tout son long doit indubitablement apporter et celui ou celle qui s’y adonne la satisfaction d’avoir accompli un petit exploit, tout comme lorsque l’on gravit une montagne. Car après tout, gravir une montagne comme j’aime le faire parfois est tout aussi gratifiant qu’inutile, mais on ne parle pas dans ce cas de philosophie, enfin je ne crois pas.

Mais peu importe, laissons ça de côté. Labrang n’en est pas moins un lieu captivant. Il y règne une atmosphère qui donne envie d’y rester pour s’en imprégner pleinement, y respirer à pleins poumons. Et comme nous sommes à près de 3000 m, on se dit que l’air y est peut-être un peu plus pur.

J’y croise des moines espiègles qui m’abordent à grand renfort d’éclats de rire quand d’autres à l’allure de punks arborent une splendide crête jaune. Il paraît qu’on appelle ça un bonnet jaune.

Moines bonnet jaune monastère Labrang

Débat dialectique de moines

Au hasard de mes promenades dans les rues du monastère, je tombe sur une scène étrange. Un grand nombre de moines sont assemblés dans un parc sous un barnum pour ce qui semble être un débat. À tour de rôle, un moine se lève et semble soit poser des questions, soit défendre un point de vue face à ses compères. Pour être plus précis, il scande une succession de phrases à grand renfort de bras tendu quand il ne frappe pas tout simplement dans ses mains dans une sorte de défi face à l’auditoire.

Une fois sa psalmodie finie, la part de l’assemblée non acquise proteste, non sans une fougue aux airs très bon enfant. Tout ça se joue sous l’œil bienveillant de quelques anciens, sans aucun doute les sommités du monastère. Sous ces airs de foires, ces débats dialectiques sont en fait tout ce qu’il y a de plus sérieux.

Débat dialectique de moines à Labrang

Rassemblement de moines au monastère de Labrang

Je ne comprends malheureusement pas un mot de leurs échanges, mais ça n’est pas une excuse suffisante pour ne pas rester là à les écouter, assis au milieu d’une assemblée des plus attentive. Il semblerait néanmoins que je ne sois pas passé complètement inaperçu.

Pèlerins écoutent moines, Labrang

Visites autour de Xiahe

La veille, j’ai sympathisé avec un charmant couple de retraités français qui voyagent aux aussi avec leur sac à dos, j’ai nommé Geneviève et Gérard. Par chance, ils souhaitent tout comme moi aller visiter les environs de Xiahe. Seul, ça n’est pas toujours très commode s’il n’y a que peu de transports de disponibles. Mais à trois, c’est parfait, nous allons pouvoir opter pour l’option feignant, à savoir louer une voiture avec chauffeur.

Au programme, un tour vers les Ganjia Grasslands, les grottes de Nekhang,  le monastère du gompa Trakkar ainsi que celui de Tseway.

Ganjia Grasslands
Ganjia Grasslands

Arrivé au gompa de Tseway, un moine semble nous indiquer de visiter le hall de prière en marchant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Sauf qu’à nous, on ne nous la fait pas. Un monastère, des chortens en encore une kora, ça se parcours toujours dans le sens des aiguilles d’une montre, quitte parfois en montagne à ce que le sentier fasse un détour pour passer du bon côté. Nous soupçonnons donc à moitié ce moine de tester s’il n’aurait pas affaire à des touristes qui n’y connaîtraient rien. Sauf que nous, on ne nous la fait pas ! Comme nous ne sommes pas du genre à nous la péter, nous n’étalons pas notre science, mais n’en tournons pas moins dans le bon sens.

Dans un autre monastère à proximité, rebelote, un autre moine semble à nouveau nous indiquer de tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Visiblement, c’est donc la blague du coin. Ils se sont passé le mot. Je sais bien qu’ils sont rarement les derniers pour déconner, y compris dans l’enceinte d’un monastère, mais il n’empêche que ça commence tout de même à devenir un peu louche cette affaire.

Gompa de Tseway
Gompa de Tseway.
Monastère au Gompa de Tseway
Hall de prière au Gompa de Tseway. On aime bien les têtes de mort chez les Bön !

Renseignements pris, nous sommes dans un monastère bön, et figurez-vous que chez les Bön, on tourne de l’autre sens. Pourquoi, je l’ignore. Sans doute une astuce marketing pour recruter des fidèles dissidents. Toujours est-il que ça n’a pas pris. Ils sont on ne peut plus minoritaires.

La balade se termine par la visite de la grotte de Nekhang. Le Lonely Planet indique qu’un touriste hollandais aurait fait une chute mortelle au fond de la grotte il y a quelques années. Du coup, on a pris le parti de ne pas aller tout au fond. On a déjà assez dégradé notre karma en tournant à l’envers dans ce monastère, c’est pas le moment de jouer aux plus malins !

Grotte de Nekhang
Grotte de Nekhang

Retour à Xiahe

De retour à Xiahe, au restaurant de la Tsara Guesthouse, un monsieur qui ne ressemble pas vraiment au pèlerin ordinaire est assis à la table voisine. Son allure, sa parure, tout semble lu conférer un certain statut. Et son embonpoint ne fait que rajouter au côté assez impressionnant et solennel du personnage.

Gérard, un peu plus hardi que moi, va lui demander s’il est possible de le photographier. Je n’ose pas toujours, et ce monsieur m’intimide. Il ne parle pas un mot d’anglais, mais comprend très bien la requête. Non seulement, il acquiesce avec un grand sourire, mais il se lève, réarrange sa tenue et se tient debout prêt à se faire tirer le portrait à nos côtés.

Personnage important restaurant Xiahe

La balade est terminée. Je vous laisse en compagnie de quelques photos avant de conclure avec quelques infos pratiques. Ça n’est pas mon truc les conseils de voyage, mais il paraît que ça rend service parfois, alors je me plie à l’exercice plus ou moins de bonne grâce 😉

Monastère de Labrang à Xiahe
Vue d’ensemble du monastère de Labrang à Xiahe
Grand Sutra Hall de Labrang
Le Grand Sutra Hall
Grande Kora Xiahe
Moines le long de la grande Kora.
Petite Kora Labrang
La petite Kora de 7 à 77 ans.
Vue autour de Xiahe depuis grande Kora
Vue autour de Xiahe depuis grande Kora.

Monastère Xiahe

Xiahe

Jeunes moines rues de Xiahe
Jeunes moines dans les rues du monastère.
Les bottes attendent les moines
Bottes de moines orphelines durant la prière.

Moulins prière petite Kora Xiahe

Le voyage n’est pas complètement terminé, puisqu’il me reste encore une journée à passer à Lanzhou avant de rentrer en France, mais que dire sur Lanzhou ? Objectivement, pas grand-chose ! J’avais quitté Paris un mois plus tôt et étais allé de la France jusqu’en Chine en train, mais le voyage retour se fera cette fois-ci en avion, quel ennui !

Infos pratiques

Hôtels pas chers à Xahie

La ville étant assez touristique, ce ne sont pas les hôtels qui manquent. Si comme moi vous aimez les hôtels assez rustiques et bon marché, la Tara Guesthouse devrait vous plaire. L’auberge est tenue par un moine et de nombreux pèlerins y logent. Les prix sont bien plus raisonnables que ce que j’ai pu connaître ailleurs en Chine, 40 ¥ la chambre avec douches communes.

Quand aller à Xiahe

Xiahe est à près de 3000 m d’altitude, le temps y est un peu frais en été, et très froid en hiver ! La meilleure saison est de mai à septembre. Déjà en mai et en septembre, la température peine à atteindre les 10 °C la journée et frôle les 0 la nuit. Même si juillet et août sont les deux mois les plus chauds, ce sont aussi les plus humides.

La visite du monastère de Labrang

Pour visiter l’intérieur des différents halls de prière du monastère, la seule solution est de se joindre à un groupe. La plupart des visites sont évidemment en chinois, mais il y a normalement chaque matin vers 10 h et chaque après-midi vers 15 h une visite guidée en anglais. Ça se fait un peu au pas de course (45 min à 1 h max). Moi qui aime traînasser, c’est peine perdue, mais ça vaut tout de même le coup. Le ticket pour cette visite coûte 40 ¥.

Comment aller à Xiahe

Tongren-Xiahe : il y a un bus le matin à… je ne sais plus quelle heure. Ça, c’est des infos pratiques 😉 Le trajet dure 2 h 30.

Xiahe-Lanzhou : compter 3 h 30 en bus. Il a plusieurs bus le matin entre 6 h 30 et 9 h et un en début d’après-midi. De l’autre sens, les bus partent à Lanzhou de la station de bus du sud. Il y a en 4 à 5 de 7 h du matin jusqu’en début d’après-midi.

Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.

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