Xining, êtes-vous vraiment certain de vouloir aller à Xining ?

Repartons aujourd’hui pour quelques chinoiseries. Je torture peut-être un peu votre cerveau à mélanger de la sorte mes voyages, dans une logique qui vous échappe sans doute tout autant qu’à moi, mais c’est ainsi. En mai 2015, j’étais parti en Chine en train depuis Paris. Si vous n’êtes pas nouveau par ici, ça vous rappelle vraisemblablement quelque chose. Un premier train Paris-Moscou, suivi d’un Moscou-Astana et enfin Astana-Ürümqi. L’heure est donc venue de reprendre le fil de ce récit. Direction Xining, une grande ville chinoise qui ne promettait pas grand-chose, et pourtant ! Je poursuivrai dans les semaines à venir avec les régions tibétaines de Tongren et Xiahé.

Je quitte Zhangye et le Corridor du Hexi à bord d’un bus qui transporte davantage de viande refroidie que d’homo sapiens sur patte. Les soutes sont en effet remplies de larges pièces de barbaque surgelée. Les passagers se font par contre très discrets. Tellement discrets que j’en viens même à me demander si je suis monté à bord du bon bus. Je ne vais pourtant pas dans un bled paumé au fin fond des montagnes, mais à Xining, capitale du Qinghai qui abrite bon an mal an plus d’un million de Chinois (et moi et moi et moi…). Le chauffeur avait pourtant opiné du chef et le sinogramme sur le pare-brise était le bon. Mais ma maîtrise du chinois étant ce qu’elle est, qui sait, je vais peut-être atterrir chez les Aztèques !

La route, dans un premier temps assez monotone, s’élève ensuite jusqu’à un col à plus de 3700 m. Les paysages sont de toute beauté. Une fois franchit ce col, changement radical de décor. Les étendues assez arides du Xinjiang et du Gansu font place à des collines verdoyantes. Pour accompagner ce panorama bucolique, les moutons, avec un sens de l’espace qui leur est propre, pointillent cette verdure de leur laine blanche, apportant ainsi une touche finale à l’œuvre. Peut-être un jour, reconnaîtra-t-on aux bergers des talents d’artiste ?

Nous roulons sur un plateau d’altitude, bienvenue au milieu des steppes chinoises. À l’horizon court une ligne continue. Une autre route ? Mais pourquoi y aurait-il deux routes parallèles sur ce plateau inhabité ? Tout simplement parce que cette autre route est en fait ferrée. Nous sommes certes dans une région un rien montagneuse, mais il en faudrait davantage pour arrêter le génie civil chinois, levant du même coup une part du mystère qui a toujours entouré pour moi cette expression, génie civil.

Le bus est donc pour ainsi dire vide, car seuls les idiots qui ne connaissent pas l’existence de cette ligne ferroviaire ou ceux s’arrêtant en chemin l’empruntent. Idem pour la barbaque, elle ne va pas jusqu’à Xining, mais nous quittera en route.

Avoir le pied au plancher semble être sa religion

Mais peu importe l’inconfort relatif du bus, le spectacle est au rendez-vous. Un spectacle avec un petit zeste d’action, car le chauffeur roule à tombeau ouvert, une vraie furie. J’avais trouvé jusqu’à présent, à ma plus grande surprise, les conducteurs chinois plutôt timorés, mais celui-ci est fait d’une autre trempe. Avoir le pied au plancher semble être sa religion, à une variante près lorsque nous approchons des nombreux portiques métalliques qui jalonnent la route. Il pile alors net avant de virer brusquement sur la voie de gauche de la route au moment de passer sous le portique. Sans doute un radar de tronçon qu’il arrive à gruger ainsi. À moins qu’il ne s’agisse d’un mystère aztèque à ce jour inexpliqué.

Résultat des courses, malgré trois pannes mécaniques qui nous feront perdre une heure et demie, nous arrivons pour ainsi dire à l’heure prévue à Xining, merci Fangio !

L’approche des faubourgs de Xining donnerait presque envie de filer un billet au chauffeur pour qu’il continue sa folle épopée et nous mène jusqu’à Lhassa. Le spectacle de ces lotissements de tours toutes semblables à l’entrée des villes m’est devenu familier, mais ici, cet habitat poussant à l’extrême un pragmatisme fait uniquement d’efficacité en deviendrait presque effrayant.

Xining et ses tours
Oubliez les îles paradisiaques, bienvenue à Xining !

À peine arrivé, c’est pour ainsi dire une évidence, demain matin, retour à la gare routière pour lever les voiles illico presto. Je passe mon chemin. Xining semble avoir tout l’air d’une erreur de casting sur mon parcours. Certes, personne ne m’avait jamais vanté les attraits de cette ville, ça m’apprendra à vouloir faire mon original.

D’ailleurs la gare de Xining étant sur la ligne de chemin de fer qui mène à Lhassa, c’est tentant, un petit Xining-Lhassa en train ! Oui, mais non, le Tibet ne compte pas vraiment parmi ces régions facilement accessibles en Chine. Pour y aller, c’est voyage organisé et guide obligatoire. Non seulement ça coûte un bras, mais je ne suis de toute façon pas compatible avec ce mode de voyage.

Cerise sur le gâteau, les hôtels de Xining sont loin d’être bon marché. Je tourne un peu en rond comme une bourrique à la recherche de l’auberge dont j’avais noté l’adresse. Je suis un peu déçu, un chouia fatigué, et donc un brin grognon. Mais à tourner ainsi dans les rues, je découvre en fait une ville bien différente. Dans ce quartier de la Grande Mosquée Dongguan (Xining héberge une très grosse communauté musulmane, les Hui), au milieu des bâtiments, un peu de bordel. Nous ne sommes plus dans ces centres-ville tous proprets comme j’avais pu en voir à Zhangye ou à Jiayuguan. Ici, la vie semble avoir repris ses droits.

Mosquée Dongguan à Xining
Mosquée Dongguan à Xining

Les centres commerciaux et les rues remplis de boutiques de fringues à la Celio, Zara & Co n’ont pas disparu, mais le mélange des deux est parfait. Cette Chine plongée corps et âme dans la mission de surpasser notre ultra-consumérisme nous offre encore à voir ici une part de son passé. Certains points de vue sur la ville sont un véritable uppercut entre l’Ancien Monde et le nouveau.

Xining, uppercut entre l’ancien monde et le nouveau
Uppercut entre l’Ancien Monde et le nouveau

Résultat des courses, je resterai 3 jours à Xining. Trois jours durant lesquels je passerai des heures et des heures à arpenter ses rues à en finir sur les rotules. Les gens semblent également plus curieux et je suis régulièrement dévisagé avec le sourire. Il faut dire que la ville n’a rien de touristique. Pas un groupe de touristes chinois à l’horizon, ça aussi ça change.

Je m’amuse à voir les serveurs de ce qui sera ma cantine discuter entre eux de moi avec une non-discrétion parfaitement assumée. Ce resto ne ressemble pas à grand-chose. Dans une grande salle assez austère, tout n’y est que fonctionnel, mais on y mange bien et l’accueil y est chaleureux. Que demander de mieux ?

Au fil de mes déambulations, j’ai essayé modestement de tirer le portrait de ses résidents croisés ici et là.

Dans les rues de Xining

Dans les rues de Xining

Xining, vendeur ambulant

Xining, vendeurs de poulet

Xining, c’est qui lui
Mais c’est qui ce gars qui prend des photos ?
Xining, are you talking to me
Le Vito Corleone de Xining, qui sait !

Pour le côté moins glamour, on croise également dans les rues de la ville un très grand nombre de mendiants et d’estropiés. La vie est-elle plus dure ici que dans les villes précédemment visitées ou est-ce qu’ailleurs, les plus pauvres sont expulsés des pavés du centre-ville pour le rendre présentable ?

Au fond, le titre de cet article aurait pu être “Xining ou comment une ville qui n’avait que bien peu à offrir restera comme un de mes meilleurs souvenirs de Chine”. C’est en tout cas la parfaite confirmation que vouloir préparer soigneusement son voyage au jour près en ayant tout réservé est un frein énorme à la découverte et aux coups de cœur.

Voyager : me trouver bien dans mes pompes quelques jours durant dans un lieu qui m’est pourtant très étranger

Cette ville n’a rien d’exceptionnel en soi, mais l’atmosphère qui y régnait m’a plu. Et bien souvent, bien plus que ces lieux tellement incontournables, c’est ce genre d’endroit plus anonyme que j’aime croiser en voyage. Évidemment, je ne boude pas mon plaisir devant certaines merveilles que le monde a à nous offrir, mais voyager pour moi tient davantage dans le fait de me trouver bien dans mes pompes quelques jours durant dans un lieu qui m’est pourtant très étranger. Et voilà, en guise de conclusion, je vous soule avec une de mes définitions pompeuses à deux balles ! Allez, un petit coup de moulin à prières et on n’en parle plus 😉

Moulins à prière, temple de Nánchán Sì

Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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