Buller à Yeghegnadzor avant d’admirer le monastère de Noravank

Yeghegnadzor ne devait être qu’une pause sur le chemin pour aller visiter le monastère de Noravank avant de poursuivre plus au sud. Mais allez savoir pourquoi, à Yeghegnadzor mes pas s’arrêteront plus longtemps que prévu. Non pas que je me serais embourbé, ni qu’un biscuit magique aurait brisé mon élan. Non, je me suis tout simplement reposé. Voyager n’est pas une course et ne devrait jamais l’être. Quand tous les ingrédients sont réunis pour faire un break, ne jamais oublier d’appuyer sur le bouton. Voici donc l’histoire d’une pause en Arménie. Et si vous êtes sages, vous aurez tout de même droit à une visite du monastère de Noravank !

Par un mystère transcendantal dont la translittération des mots en français semble experte, Yeghegnadzor s’écrit normalement Eghegnazor dans la langue de Molière. Sauf que phonétiquement, le Y est bel et bien présent. Ce même Y que l’on a enlevé d’Erevan, alors qu’en anglais, ça s’écrit Yerevan. Mais passons, les mystères, même transcendantaux, ont leur charme.

Je n’ai de cesse de dire qu’un voyage effectué au pas de course ne rime à rien, ou tout du moins pas à grand-chose. Évidemment, chacun fait comme bon lui semble, mais courir de site touristique en site touristique nous laisse plus que jamais dans ce mode de vie où seule la consommation a voix au chapitre.

Si j’étais parti en Arménie avec un itinéraire savamment ficelé qui passe par tous les incontournables de ce pays, Yeghegnadzor n’aurait eu droit tout au plus qu’à une journée pour aller visiter le célèbre monastère voisin de Noravank. Sur le papier, Yeghegnadzor n’est pas vraiment la destination qui va vous faire saliver. Le Lonely Planet la décrit ainsi : “la ville est pour l’essentiel une confection de l’ère soviétique faite de grands espaces publics et d’une succession de blocs d’appartements”. Mais parfois, le papier à tort.

Un voyage effectué au pas de course ne rime à rien

Mes premières minutes dans cette ville n’ont pas vraiment démenti la description qui en était faite dans le LP. Du béton il y a, de larges rues pas très animées il y a également, une place pour ainsi dire déserte avec ici où là des herbes folles il y a pareillement.

Une fois à la maison d’hôte dont j’avais noté l’adresse (Gohar’s Guest House pour ne pas la nommer), je pose mon sac à dos, pas mécontent d’être arrivé. J’y suis accueilli avec le sourire, mais à la question “avez-vous un lit de disponible”, j’ai droit, toujours avec le sourire, à un “ah non désolé, tout est réservé”. Cette nouvelle tendance qui fait que la majorité des touristes voyageant en indépendant réservent leur logement ne cesse de me rendre dubitatif, mais soucieux néanmoins de ne pas tomber dans le “c’était mieux avant”, je pose là cette remarque et continue mon récit.

En quête d’un nouveau toit, la tenancière de la Gohar’s Guest House me parle du camping Crossway. Cette guesthouse semblait fort sympathique, mais en arrivant au camping, force est de constater que le panorama a pris quelques aises et s’est pour le moins élargi.

Montagnes à Yeghegnadzor

Camping crossway Yeghegnadzor

Hamac Crossway camping Yeghegnadzor

Au gré de mes balades, l’attrait des lieux ne sera nullement démenti. La campagne environnante est juste splendide. Les abords de la rivière parsemés de pêcheurs venus au volant de leur vieille Lada blanche ou rouge complètent le tableau à merveille. C’est en fait typiquement le genre de lieu bucolique où je m’imagine très bien dans le rôle du peintre qui pose là son chevalet et sort ses pinceaux. Sauf que mes talents de peintres ne dépassant pas vraiment mes talents de gangster, il faut se rendre à l’évidence, ici pas plus qu’ailleurs, je ne m’enrichirai à magner le pinceau ou à braquer des banques.

Paysage à Yeghegnadzor

Ancien pont à Yeghegnadzor

Paysage à Yeghegnadzor

Montagnes à Yeghegnadzor

Et même si je suis tout de même venu ici avant tout pour visiter le monastère de Noravank, un petit tour dans les rues de Yeghegnadzor n’est pas non plus complètement dénué d’intérêts. Les aficionados des tuyaux seront aux anges. Je ne sais pas s’il existe de par le monde des clubs de tuyaumanie, mais vous en connaissez, je ne saurais que trop vous recommander de leur parler de Yeghegnadzor, car ici, les tuyaux, on connaît.

Tuyaux de gaz à Yeghegnadzor

Après enquête, ces tuyaux ne transportent pas d’eau et encore moins de la vodka. Ce sont en fait des conduites de gaz. Il en sera ainsi dans de nombreuses villes aussi bien en Arménie qu’en Géorgie.

Le parc du centre-ville est un havre de paix pour les herbes folles, mais pas que. Au détour d’une allée, un groupe de retraités accueille à renfort de grands sourires le touriste que je suis qui déambule à la recherche de je ne sais trop quel point vu pour une photo. Comme souvent, la communication est un peu entravée par mon russe balbutiant, mais les sourires sont là pour compenser. Un constat qui ne sera jamais démenti, dans les campagnes, l’accueil est toujours chaleureux et généreux. Laisser filer un étranger sans lui proposer de s’asseoir pour échanger quelques amabilités, ça ne se fait pas.

Portraits parc de Yeghegnadzor

Portrait dans parc de Yeghegnadzor

Victor Hugo dans le parc de Yeghegnadzor

L’accueil au camping n’est pas en reste. Svetlania, la maîtresse de maison, met les petits plats dans les grands pour rendre mon séjour des plus plaisant. Non pas que j’appartienne à cette catégorie de touristes exigeants, je serais même plutôt du genre à trouver un côté pittoresque à chaque déconvenue. Mais il n’empêche, l’hospitalité à la fois simple et chaleureuse me ravit.

Le repas gargantuesque qui m’est servi le premier soir est le bienvenu. Ayant fait l’impasse sur le déjeuner, mon estomac crie famine et je fais plus qu’honneur aux plats. Le second soir, le repas gargantuesque de la veille s’est transformé en repas pantagruélique. Tant et si bien que je finis par me demander si en Arménie, achever tous les plats ne serait pas synonyme de “c’était bon, mais y avait pas assez à manger”.

Mais vous n’avez bien sûr que faire de mes histoires de Gargantua et de Pantagruel. Au fond, si vous avez accepté de vous laisser bercer par ce détour par Yeghegnadzor, c’est avant tout pour visiter le monastère de Noravank. Alors c’est parti, on monte dans le taxi Lada. On n’attache pas sa ceinture, car il n’y en a pas, et un monte vers ce fameux monastère.

Une fois quittée la grand-route, nous remontons à travers des gorges. Après chaque virage, je suis aux aguets. Noravank va-t-il faire son apparition ? Il se fait quelque peu désirer. Nous montons, sortons des gorges et apercevons au loin des falaises, mais toujours rien. Rien, jusqu’à ce que… on coupe le son, à vous les images.

Eglise Surp Astvatsatsin à Noravank

Eglise Surp Karapet à Noravank

Intérieur de l'église Surp Karapet à Noravank

Pierre tombale à Noravank

Eglise Surp Astvatsatsin à Noravank

Coupole de l'église Surp Karapet à Noravank

Et pour ne rien gâcher, la vue depuis le monastère n'est pas si mal !
Et pour ne rien gâcher, la vue depuis le monastère de Noravank n’est pas si mal !

Cette pause à Yeghegnadzor était la bienvenue non ? Vous êtes plutôt du genre à partir en voyage avec un itinéraire ficelé à la journée près (promis, j’vous taperai pas), ou vous aimez laisser venir sans plan bien établi à l’avance ?

Conseils pratiques

Où dormir à Yeghegnadzor

La Gohar’s Guest House sur les hauteurs de la ville est assurément très accueillante. Mais si vous voulez buller les pieds en éventail au fond d’un hamac devant un superbe paysage, aucun doute, le camping Crossway est votre ami. En plus des emplacements de tente, on y trouve deux chambres à 6000 drams la nuit, 2500 drams le petit déjeuner très généreux et 3500-4000 drams le dîner gargantuesque.

Le camping n’est pas perdu en pleine nature et la grand-route ne passe pas très loin, mais le lieu n’en est pas moins vraiment chouette.

Comment aller à Yeghegnadzor depuis Erevan

Comme toujours en Arménie, pas de bus pour se rendre à Yeghegnadzor, mais des marchroutka qui partent de l’avenue Arshkuniats au sud de Labour Square à Erevan. Pour s’y rentre, prendre le métro jusqu’à la station Gortsaranayin. De là, l’arrêt des marchroutka est à 300 mètres.

Comment aller à Noravank depuis Yeghegnadzor

Le monastère est à 20 km de Yeghegnadzor. Vous pouvez bien sûr y aller en stop, très facile le long de la grand-route, mais sans doute plus aléatoire pour les 7 km jusqu’au monastère une fois quitté la nationale. Sinon, un taxi depuis Yeghegnadzor avec une heure d’attente sur place devrait coûter autour des 4000 drams.

Enfin, si vous arrivez les poches vides, pas de soucis, il y a des distributeurs de billets à Yeghegnadzor.

Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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